‹ Clément d'AlexandrieChapitre 59 sur 149 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les « Simpliciores » et Clément.

Clément ne peut se passer de la philosophie et de ses méthodes. Que va-t-il faire en présence des préventions dont elle est l'objet parmi les chrétiens? Comment s'y prendra-t-il pour les dissiper ? Que répondra-t-il aux objections que lui faisaient les partisans du christianisme simple ? C'est aux textes que nous allons maintenant demander la réponse à toutes ces questions.

Remarquons que c'est moins d'une controverse entre Clément et les détracteurs de la philosophie qu'il s'agit que d'une explication qu'il donne. Notre auteur n'avait pas affaire à des opinions qui se fussent nettement formulées, mais à des affirmations plus ou moins précises qui circulaient dans le public. Toute sa préoccupation était de modifier un état d'esprit général qui était dominant, même à Alexandrie.

Qu'alléguait-on, tout d'abord, pour décrier la culture grecque ? On faisait remarquer par exemple que ni les prophètes ni les apôtres ne l'avaient possédée. Ces disciplines fameuses, la géométrie, la dialectique, que les philosophes déclaraient indispensables, étaient inconnues aux hommes de Dieu ! Pourquoi les chrétiens ne s'en passeraient-ils pas ? A cela Clément répond que les prophètes et les apôtres possédaient l'intelligence des choses qu'ils révélaient ; il n'y avait pas de mystère pour eux ; il leur suffisait de la simple foi pour saisir ce que l'esprit

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signifiait. Il n'en est plus de même maintenant. La vérité est cachée dans la lettre des Ecritures, et elle ne peut plus en être tirée qu'à l'aide des connaissances qui s'enseignent dans les écoles '.

Toutes les objections revenaient à celle-ci : le chrétien n'a que faire de la physique ou de la dialectique; la foi, la simple foi est ce qu'il lui faut. Les belles inventions des Grecs sont du superflu. TertuUien lui-même ne dit pas autre chose: Nobis^ s'écrie-il, curiositate opus non est post Christum Jesuni nec inqiiisitione post evangeUum.

Clément a réfuté en plus d'un endroit cet argument simpliste. Nous nous contenterons d'analyser le passage où il y a répondu avec le plus d'ampleur -. Il y a des personnes, dit-il, qui voudraient en quelque sorte isoler la foi sous prétexte qu'elle se suffit à elle-même ^ Elles sont semblables à des gens qui s'attendraient à récolter du raisin sur une vigne qui n'aurait reçu aucun soin, aucune culture. L'image de la vigne lui rappelle le chapitre XV de l'évangile de saint Jean. La vigne, c'est la figure allégorique du Seigneur. C'est de lui que nous devons recueillir le fruit. Comme il faut tailler, bêcher, attacher la vigne pour qu'elle donne du raisin, il faut déployer des efforts semblables pour tirer du Christ tout le bien qu'il nous destine. Donc la culture est nécessaire pour faire fructifier le christianisme. Un médecin comme un cultivateur, un athlète comme un marin ont tous besoin d'exercice pour exceller dans leur profession. Comment

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