LES « SIMPLICIORES » ET CLÉMENT
Clément justifiait encore rétude delà philosophie en faisant remarquer qu'elle ne pouvait être nuisible, si Ton s'en servait comme d'une gymnastique intellectuelle. La Vérité, disait-il, « paraît d'autant plus agréable et douce « que sa recherche a coûté plus de peine ' ».
Dans ces discussions sur l'utilité de la philosophie, on faisait naturellement, de part et d'autre, un usage abondant de rÉcriture. Les adversaires de la philosophie opposaient à Clément des textes comme celui-ci : « Je dis ceci, s'écrie saint Paul dans son épître aux Colossiens, afin que personne ne vous égare par des discours séduisants. . . Prenez garde que personne ne s'empare de vous, comme d'une proie, par la philosophie et des discours trompeurs qui reposent sur une tradition humaine, sur ce qu'il y a d'élémentaire dans le monde et non sur Christ. » On imagine aisément tout le parti qu'on pouvait tirer de ce texte contre les partisans de la philosophie. Chaque mot semblait porter. Aussi Clément s'en est-il beaucoup préoccupé et lui a-t-il appliqué son exégèse la plus subtile. Habituellement, il s'en tirait en soutenant que la philosophie dont il s'agissait dans ce passage n'était pas la philosophie en général ; c'était la philosophie d'Épicure et des athées '. Ou exploitait aussi, avec une grande apparence de raison, le passage de la r® épître aux Corinthiens où saint Paul oppose la sagesse de Dieu à la sagesse des hommes. « Dieu, dit-il, a confondu la sagesse du siècle. » Clément avait recours à une distinction qui n'est pas dans le texte. La sagesse du
t. I, Strom., 21.
2. I, Strom., 50-52; ailleurs lorsque Clément n'est pas préoccupé de combattre les simpliciores, il interprète le même passage comme tout le monde, VI, Strom. ^ 62; 117.
156 CLÉMENT d'aLEX\NDRIE
siècle, d'après lui, c'est la sagesse des faux sages ; ce n'est pas celle des philosophes, mais celle des sophistes \
Les détracteurs de la philosophie citaient avec des airs de triomphe une parole de Jésus qui se lit dans l'évangile de saint Jean : « Ceux qui sont venus avant moi étaient des brigands et des voleurs ». Les voleurs étaient les philosophes. Clément le reconnaît, mais aussitôt il retourne ce texte contre ses adversaires. C'est vrai, les philosophes sont des voleurs. En effet, ils ont dérobé des parcelles de la vérité, comme Prométhée le feu du ciel. Donc, par tout un côté, leur philosophie nous appartient ^
Croirait-on qu'il y avait des gens qui découvraient jusque dans les Proverbes un texte qui condamnait la philosophie?" Ne t'approche pas de la femme impure, » dit le sage hébreu. Clément se contentait de répondre qu'on faisait violence au texte \
Quand, de son côté, il alléguait des passages de l'Ecriture qui semblaient favorables à ceux qui préconisaient la philosophie, il était intarissable *. L'un des textes qu'il citait le plus volontiers, c'était cette parole de Jésus : Quaerite et iiwenietis. Il y trouvait un ejicouragement à poursuivre la Vérité et à ne pas demeurer dans les limites de la simple foi. « L'Écriture, dit-il, nous exhorte expressément à examiner et à chercher afin que nous trouvions. La porte de la Vérité s'ouvrira ■'. » Le Quaerite et invenietis a joué un rôle important dans les controverses du II®
^ 1. 1, Strom., ch. xviii en entier, et V, Strom., 8.