‹ Clément d'AlexandrieChapitre 80 sur 149 · I, SlroDi.j cil. XX · texte numérisé non relu

I, SlroDi.j cil. XX

2. Voyez I, Stroii)., cli. xv-xxix ; II. Slront., ch. xviii; Y, Sirom., cil. xiv; \l, Stroin,, cIi. ii-vi. Yoiruolre analyse des Slromates, p. 99.

nie T,\ riiiT.osopiiiK grecque dans le passé 185

l;i plupart, (roiigiiic barbare? A celle preuve liislorique, (]lénient en ajoulail une aulre lirée de la comparaison des paroles de rÉeriUire el d'une foule de passages plus ou moins analogues des poêles el des sages de la Grèce. Voyez, disail-il, en cilanl telle ou telle sentence de poète ou de philosophe, cette parole n'a-t-elle pas étémanilestement empruntée à tel passage du saint Livre ? Pour un esprit gâté par l'abus de l'allégorie, Fanalogie paraissait de la dernière évidence et la thèse irréfragable!

On n'ignore pas ([ue Clément n'est pas l'auteur responsable de cette singulière explication de l'origine de la philosophie grecque. Il l'avait puisée dans la littératiu'e judéo-liellénisticjue qui florissait à Alexandrie depuis plus de trois siècles. Les Juifs, voulant démontrer la supériorité de la sagesse hébraïque, avaient imaginé d'accuser les Grecs de plagiat. Celait dans la version des Septante que les philosophes auraient puisé à l'envi '. Tout autres étaient les raisons que notre catéchète avait d'adopter la même thèse. Elle lui servait admirablement à se justifiera lui-même l'usage qu'il voulait faire de la philosophie grecque.

S'il était vrai que les philosophes avaient emprunté leurs plus belles doctrines à Moïse el aux prophètes, n'avait-il j)as le droit de leur reprendre un bien (pii ne leur appartenait pas? Quel inconvénient pouvait-il y avoir à étudier des idées qu'on savait dériver de l'Ecriture elle-même? Si donc Clément, comme plus lard saint Jérôme et saint Augustin, s'est demandé avec inquiétude s'il ne devait pas rojupre tout cojiimerce avec les premiers maîtres de sa

I. Scliûier, Gesrliiclile des jiidisclicn l'oUes ini Zeilaltcr Jcsii Chiisti, II'' pallie, p. 762. Texles d'Arislobulc, de Piiilon ; Clémcnl d'Alexandrie, I, Stroni.. 150; Fais., Praop. c^'aiig.. XIII, 12, I ; IX, 6, 6-8; -Tosèphc, Contva Apioneni^ II, 12; l'Iiilon, rlr.

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pensée, il n'a pas lardé à se tranquilliser en songeant à ce que la philosophie devait aux Saints-Livres. Puis, quelle arme pour se défendre contre les timorés n'avait-il pas dans cette thèse? S'il montrait Futilité de l'étude de la philosophie et que Ton en convînt, mais qu'on lui objectât que la philosophie était du siècle, appartenait au paganisme, dérivait du Diable, et, par conséquent, qu'un chrétien ne devait pas s'y appliquer, il n'avait qu'à répondre que la philosophie grecque était, dans une large mesure, fille des Ecritures. Que pouvait-on lui opposer, d'autant plus que ses savantes démonstrations étaient bien faites pour en imposer à ses contradicteurs? On comprend, dès lors, qu'il ait attaché une grande importance à cette thèse qu'il avait lui-même empruntée aux judéo-alexandrins; qu'il ait apporté un soin particulier à l'exposer, à l'établir, à la démontrer à force d'érudition; qu'il s'y soit repris à plusieurs i'ois, craignant de ne pas l'avoir suffisamment mise en lumière. Au fond, cette thèse était la pierre angulaire de tout son système. Il avait besoin de cette sorte d'appui matériel pour élever l'édifice hardi et hasardeux qu'il projetait. Sans ce fondement massif, aurait-il osé construire? Sans ces pesantes démonstrations, aurait-il eu le courage d'exploiter la philosophie, de la mettre au service du christianisme, de sanctionner l'alliance de celui-ci avec celle-là, d'affirmer que la sagesse grecque provient, du moins indirectement, de Dieu lui-même, qu'elle a rempli une mission analogue à celle delà Loi, bref, qu'un chrétien qui ambitionne de devenir parfait ne saurait se dispenser de l'étudier? La démonstration que Clément a donnée de sa thèse nous semble bien faible, malgré son ampleur et l'étalage d'érudition qui l'accompagne; cette lourde cuirasse ne cache guère qu'un fantôme. Qu'importe ? Clément en était satisfait ; elle suffisait à ses élèves

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