‹ Clément d'AlexandrieChapitre 86 sur 149 · I, Stroin., 30; I, Sirom · texte numérisé non relu

I, Stroin., 30; I, Sirom

ni' HÙl.K UV. LA PHILOSOPHIE DANS LE PRESENT 193

iiolro aiilcMir, j)our allcnulre ce biil, la culture et la philosophie sont indispensables.

En ell'et, reniar(|uons d'abord que les études, que l'on faisait habituellement avant de songer à se mêler de phi- Iosoj)hic et que les Grecs appelaient Ta èyxuxlia, constituent une discipline pour Tesprit. Chaque ])ranche de ces études contribue pour sa part à l'éducation de l'intelligence et la prépare à recevoir la Vérité. Musique, arithmétique, géométrie, astronomie, dialectique, aident toutes à former le x^hrétien qui aspire au christianisme supérieur '.

Ainsi Clément ne veut pas que l'Église répudie la culture grecque. Il la croit nécessaire, tout au moins, à un petit nombre de chrétiens. Il a un sentiment très vif de la supériorité pédagogique de cette culture. Il avait beau soutenir que les Barbares avaient inventé les arts et (jue les Grecs étaient leurs élèves, se livrer parfois à l'adresse de la civilisation grecque à des vivacités qui rappellent les déclamations de Tatien et de Tertullien, sa haute intelligence le ramenait bientôt à l'équité et à la réalité. Il reconnaissait alors qu'il n'y avait que la Grèce qui sût cultiver l'esprit, le discipliner et le rendre apte à la réflexion. On l'a vu, l'opinion de Clément scandalisait les fidèles, mais elle était clairvoyante et même prophétique. Malgré ses répugnances, l'Église devait adopter le cycle des études grec(|ues.

Lorsque Clément réclamait le droit d'étudier la philosophie, il ne faisait que tirer la conséquence très logique de ses vues sur la culture grecque. En effet, la philosophie incarnait et portait à sa plus haute puissance le

1. VI, Stroni . , 80 : ;:ap' IxocaTO'j [j.aOTÎjj.a-o; -6 -pouçopov t^ àXrjGEÎa Xaix- 6av(ov ; voir le paragraphe tout entier.

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génie de l'éducation hellénique. Elle devenait donc nécessaire aux chrétiens al:)Solument au même titre que les études préparatoires, « Comme le cultivateur arrose « d'abord la terre, nous aussi nous répandons les eaux « de la philosophie grecque sur cette terre qui est l'àme « des croyants, afin qu'elle puisse d'abord recevoir la « semence spirituelle qu'on y jette et ensuite la faire pous- (c ser sans peine '. »

Ce qui constituait en quelque sorte l'àme de la philosophie, c'était la dialectique. C'est par elle qu'on s'initiait à la méthode de la pensée grecque. C'est elle qui faisait la vertu et la supériorité de la philosophie. Clément le sentait parfaitement. Aussi en faisait-il le plus grand cas. Au fond, ce qu'il puisait dans la philosophie, c'était moins les opinions et les doctrines que l'art de raisonner. Qu'on en juge par le passage suivant : « La vraie dialec- « tique, par opposition à celle des sophistes, étudie les « choses, en estime les propriétés et les vertus, s'élève (' ensuite graduellement jusqu'à discuter de la souveraine « substance de toutes choses; elle pousse la hardiesse « jusqu'à tendre vers le Dieu de l'Univers, promettant non « la connaissance de ce qui tom])e sous l'expérience hu- « maine, mais la science des choses divines et célestes, a etc. ^ »

Voilà un langage qui porte l'empreinte de Platon. Celui qui a tracé ces lignes se souvient des éblouissantes constructions dialectiques du Phédoii et de la République . La dialectique lui apparaît comme une sorte d'échelle merveilleuse qui escalade les cieux. Déjà si puissante entre les mains de Platon, n'avait-elle pas été encore perfec-

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