‹ Clément d'AlexandrieChapitre 98 sur 149 · II, Strom., §§ 3-8, notamment ch. ii · texte numérisé non relu

II, Strom., §§ 3-8, notamment ch. ii

2. II, Strom., 8 : t.mç yàp toû-wv U7:£pcp'jâ Gswpîav ywprlaat -ot' av <]/u/7i

î.\ lOl KT L.V (INOSK 209

nel à riiliM^ de DicMi. (Vost cWo (|iii nous jxnic à radorcr. Elle oyl un ;ul<^ de piélé. Pour tout dire, elle est le coiisentemcnl de notre être à ce que suggère la piété, à Tidée de Dieu. Elle est donc une ^-j'/xaTaOsT'.; OîOTsêsîa;.

La niènie idée se trouve exposée avec plus d'ampleur encore dans le F'" eha])ilre du livre V. Clément distingue d'abord très nettement entre la foi et la gnose. Croire que le Fils est le Fils, qu'il est venu, qu'il est apparu sous une certaine forme, pour une certaine cause, et qu'il a souffert, c'est là l'objet de la foi. Dépasser ces faits, demander ce {[u'est le Fils, essayer de comprendre sa nature, c'est ce que se propose la gnose. La foi accepte les faits, la gnose raisonne sur les faits '. La gnose procède donc de la foi et lui fait suite. Elles sont inséparables. « La gnose ne va pas sans la foi, ni la foi sans la gnose. » Le lien qui les unit est si étroit qu'il peut se comparer à celui qui unit le Père au Fils.

Dans ces conditions, la simple foi, rj xo',vyi tclo-:!.;, est le fondement, xaOaTcsp SejxéXw; uTioxsixat,. Clément est, si possible, plus explicite encore dans la suite de ce remarquable passage. Allégorisant la parabole du grain de moutarde, il dit que ce grain représente la foi. Celle-ci en a le mordant, elle stimule l'àme à s'élever aux plus baules Idées. Comme le grain de la parabole devient un grand arbre, elle aussi se développe et s'épanouit « jusqu'à ce que reposent sur elle les paroles touchant les régions célestes ». Qu'on ne dise donc |)as (|u'il y a la foi du maître et la foi du disciple, la foi du simple chrélien et la foi du gnostique. C'est la même foi cbe/ l'un et cIkv. Fanh-e à des deo:rés diffé-

1. \ FI, Shoni., 57 ; rj [i.£v oùv rJ.'z-ii auvioao; èaiiv, (o; eîntîv, t«T)v y.at£-£t- YovT(ov YV'ôa!;, r^ ^voiai; hï à;:ooaÇi; tojv ô'.à -'irtfo; rao£iXr,a|jL£vf.>v W/y.a. xal pifÇatoî oià T^'; xuiiiay.fj; StSaay.aXîa; £-oixoôo|j.ou;j.evr, -r^ tziitsi sî? to àasTa-ttoTov

rents d'épanouissement. Même la foi des apôtres n'est pas d'autre nature que la foi commune. Elle est simplement « excellemment édifiée ».

Telle est la foi en sa véritable portée. De cette conception notre auteur tire une conséquence de la plus haute importance. Si la foi est le premier degré d'où l'âme s'élance pour arriver jusqu'à la contemplation de Dieu, si elle doit être considérée comme le germe fécond de la gnose chrétienne, alors jamais la foi ne peut être un obstacle à la recherche, à la ^r^Tririq. Il ne saurait y avoir entrave de sa part à la poursuite d'une connaissance supérieure des choses divines. La carrière est ouverte à la pensée chrétienne. Quel coup de maître de trouver dans la foi populaire elle-même les titres qui légitimaient les plus hardies spéculations de son noble esprit ! Sans le savoir, Clément réfutait Tertullien et émoussait la pointe de l'arme la plus redoutable de ce grand adversaire de toute gnose quelconque ! Tertullien veut faire de la foi populaire précisément une barrière à opposer, non seulement à l'hérésie, mais même à la curiosité d'esprit la })lus naturelle et la plus légitime. Quand on croit, dit-il, on ne cherche plus. Quand on croit, dit Clément, c'est alors qu'on est en état de chercher ^. Ainsi se marque l'opposition irréductible qu'il y avait entre ces deux esprits, entre le christianisme de l'un et le christianisme de l'autre.

D'autre part. Clément se garde bien de laisser à la spéculation une liberté sans limites. L'esprit de recherche et d'investigation ne doit s'exercer qu'à de certaines conditions. Tout d'abord, notre catéchète veut qu'il y ait cer-

1. V, Strom., il : tT|V ~Î'3Tiv toÎvjv o-jx. àpyrjv xaî [jLovr,v àXXà aùv Çr,TT;ia osiv ;:fo^aiv£iv cpatjLîv.

î,\ loi i;t i.\ cnosk 211

lainos olioscs ([ui ne soienl [)as mises en question. « Il y a « des reeliei'ches, eoniine dit Aristote, qiron doit blâmer, « celle-ci, par exemple, s'il convient d'honorer ses parents. « Il y en a d'autres qui méritent un châtiment, ainsi lors- « qu'on demande des preuves de l'existence de la Provi- « dence. Puisque la Providence s'exerce, c'est une impiété « de penser que la prophétie ne s'accomplit pas selon les « voies de la Providence. Il faut en dire autant de l'éco- « nomie du salut. Peut-être même ne doit-on pas tenter de « démontrer de telles choses ' ». En outre, Clément ne veut pas que la recherche de la vérité dégénère en dispute. Que de fois il signale le péril des querelles de mots ! « C'est chose salutaire de faire de Dieu l'objet de sa recherche, pourvu qu'on s'efforce de trouver la vérité et qu'on évite les disputes -. » Voilà des précautions qui ont été inspirées à notre auteur par la crainte des excès de la spéculation. Elles marquent l'éloignement qu'il éprouvait pour le gnosticisme. Il concluait en disant : « Dieu peut sauver par la simple foi, sans démonstrations et arguments ^ ». Ainsi, on possède dans la simple foi l'essentiel, et si l'on aspire à ce qui la dépasse, à la gnose divine, à la contemplation de Dieu, encore faut-il partir de la simple foi. Elle est donc le fondement et de la reliofion et de la théologie chrétiennes.

2° La Foi est le fondement et la condition de la vie du gnostiqae ou parfait chrétien. Clément est fort éloigné d'être, comme on l'a prétendu, un pur intellectualiste. 11 est autant préoccupé de morale (pie de spéculation, de vie chrétienne (jue de contemplation philosophique. 11 ne lui

1. V, Siroiii,, G, passage sur les propositions qui uc peuvent faire l'oljjel d'un Çr,'rrjU.ot.

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