‹ Clément d'AlexandrieChapitre 10 sur 226 · LIVRE I. M · texte numérisé non relu

LIVRE I. M

illusion sur l'importance d'une religion capable de produire des vertus si extraordinaires. La conduite des chrétiens excita au plus haut point leur curiosité, et ils voulurent connaître de plus près ce qu'ils s'étaient contentés jusque-là de mépriser comme une superstition absurde et une révolte populaire. Ce changement remarquable dans les dispositions des savants et des philosophes de profession à l'égard du christianisme se manifeste d'une manière frappante dans YEpître à Diognète. Ce dernier, qui appartenait aux premiers rangs de la société 1, et qui probablement vivait à, l'époque du règne de Trajan, adresse à un disciple des apôtres 2 les questions suivantes : « Quel est donc le Dieu « que les chrétiens. adorent avec tant de confiance, qu'ils « méprisent le monde, bravent la mort et s'aiment si ten- « drement entre eux 3 ? Pourquoi ne reconnaissent-ils pas « les dieux des Grecs et rejettent-ils les superstitions des « Juifs? » Le doute que ces questions supposent était un résultat immense obtenu par le christianisme. Après un siècle d'indifférence et de mépris, la science grecque commençait à s'émouvoir. Les penseurs se décidaient enfin à regarder les chrétiens comme des adversaires sérieux, et à chercher dans leur symbole, leur doctrine et leur culte, le secret d'une propagation et d'une vie qui leur paraissaient une énigme inexplicable. Les chrétiens allèrent au-devant de cette discussion ; ils présentèrent leurs livres sacrés et leurs Evangiles, persuadés qu'ils ne pouvaient que gagner à être connus. Ils ne se trompaient point.

A peine les philosophes eurent-ils commencé cet examen, qu'il leur fut impossible de se méprendre sur le ca-

1 L'auteur de l'épitre lui donne le titre distingué de xf-âztczaç. 2Oj Çévot bfj.t'ACu.. y.lly. v.t:o<jto\wv yivâps-joç ^.x^Tyjf, yëvoy.ai ti&ïy.cùc; i^vwv, S. Just. Oper. Epist. aâ Dioqn., c. 11 , p. 239, E. 3 là. ïbid., p. 233.

In I LÉMENT D'ALEXANDRIE.

raçtère de la révolution toute pacifique, mais toute puissante, opérée par la foi ehrétienne. Ils comprirent bien vite qu'il s'agissait d'une doctrine sérieuse, élevée, complète , d'une doctrine qui méritait d'être approfondie, qu'on voulut la rejeter et la combattre, ou l'adopter et la défendre. Aussi, h dater de cette époque, c'est-à-dire dès la fin du règne de Trajan, la philosophie prit-elle une part active dans la lutte terrible dont elle s'était contentée de rester spectatrice dédaigneuse et indifférente. D'une part, elle suscita, il est vrai, des embarras de tout genre au christianisme naissant ; elle mit au service de l'antique civilisation menacée les idées et les savantes théories de ses grands hommes ; elle chercha à justifier les violences atroces du gouvernement protecteur de l'Olympe, accrédita les calomnies de la foule, déversa le ridicule sur les dogmes d'une religion étrangère et barbare, qui faisait, disait-elle, outrage à la raison, et ne se propageait qu'au sein des pauvres, des ignorants et des esclaves; en un mot, elle s'efforça de présenter les chrétiens comme une horde de barbares qui menaçaient également la science et l'empire, la civilisation et la tranquillité publique. Mais, d'un autre côté, on ne doit pas le méconnaître, en préparant des dangers nouveaux, en créant de nouveaux obstacles à la propagation de l' Évangile, la philosophie lui apporta une force nom elle et de nouveaux secours, (irâce à son intervention, la lutte ne se livra plus seulement sur l'arène sanglante, entre la hache du bourreau et la constance du martyr; elle fut transportée dans des régions plus hautes et plus sereines, dans le champ des idées et de la discussion rationnelle. Ce fut la philosophie elle-même qui fournit à sa redoutable rivale, en même temps ([ne l'occasion du combat, les athlète- exercés qui

devaient le -eiitenir. Tels furent, pendant le COURS -nile-

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