‹ Clément d'AlexandrieChapitre 9 sur 226 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

se bornait à la méditation des vérités révélées, afin de les mieux connaître et de les mieux pratiquer.

Si l'on joint à ces raisons tirées du caractère des premiers fidèles et de la nature même du christianisme la considération des difficultés de tout genre au milieu desquelles l'Église chrétienne dut s'établir, vivre et se propager, l'on comprendra facilement que tous les travaux littéraires des temps apostoliques se soient produits presque exclusivement sous la forme épistolaire, et n'aient eu pour objet que les rapports les plus simples entre des hommes intimement unis par la même foi, animés delà même espérance et persécutés pour la même cause. N'ayant tous qu'un cœur et qu'une âme, et se considérant comme les membres d'une même famille, tout ce qu'ils avaient à se dire consistait à exprimer en peu de mots, avec la force qu'inspire une conviction profonde, portée jusqu'à l'héroïsme du martyre, leurs sentiments sur les occurrences journalières de la vie, à se prémunir les uns les autres contre les erreurs des hérésies naissantes, et contre le danger des schismes du dedans, en présence des attaques du dehors. Tel est le caractère général des épîtres de saint Barnabe, de saint Clément de Rome, de saint Ignace d'Antioche, de saint Polycarpe de Smyrne. On trouve dans ces monuments vénérables de l'antiquité chrétienne de précieux témoignages touchant le dogme, la constitution, la hiérarchie et la discipline de l'Église primitive. Mais ces pages, où se révèlent l'héroïque charité et la grandeur d'âme de pontifes martyrs , sont encore plus l'expression du sentiment chrétien que l'exposition raisonnée des dogmes de la foi. La théorie ne s'y montre qu'autant qu'elle est nécessaire pour contredire une erreur du moment, ou pour autoriser une conclusion pratique. Les écrivains apostoliques

s'appliquaient beaucoup plus à réformer la vie que la science, et c'était surtout dans l'intérêt des mœurs qu'ils défendaient l'Église et sa tradition.

Toutefois, on a remarqué 1 que dans le petit nombre d'écrits qui nous sont parvenus de cette époque, se trouvent déjà les principales formes sous lesquelles l'activité scientifique se développa plus tard. Ainsi les épîtres de saint Ignace nous offrent les premières traces d'une apologie de l'Église contre les hérétiques ; celles de saint Barnabe, un essai de dogmatique spéculative ; dans le Livre du Pasteur, le seul de cette période qui n'ait pas la forme épistolaire, il y a une première tentative de morale chrétienne, et VEpître à Diognète peut être considérée comme la première apologie du christianisme contre les païens. Ce dernier ouvrage, longtemps attribué à saint Justin le martyr, est d'une antiquité beaucoup plus reculée 2, et il mérite d'autant plus de fixer notre attention, qu'il indique clairement le terrain sur lequel se rencontrèrent pour la première fois la religion et la philosophie 3.

Si les premiers prédicateurs de l'Évangile avaient tenu peu de compte de la science, la science à son tour avait payé leur indifférence par le mépris le plus absolu.

Toutefois, dès la fin du premier siècle , il devint impossible aux hommes éclairés et réfléchis de se faire

1 Mœhler, Patrologie, t. I, p. 57.

2 Id., Ibid.% t. I, p. 178.

3 Nous ne parlons ici que des auteurs dont les écrits nous sont parvenus; mais il y en eut certainement un plus grand nombre. Ainsi IL . sippe, qui florissait dans la première moitié du Becond siècle, écrivit une histoire de l'Eglise dont il nous reste quelques Fragmente. (F*, la thèse de notre savant ami, M. l'abbé Lavigerie, sur cet écrivain ecclésiastique. Paris, 1850.) Saint Irénée cite aussi très-souvent dans son Traité des hérésies des auteurs plus anciens qui paraissent les avoir combattues scientifiquement. Mais nous n'en pouvons parler, parce que leurs ouvrages aussi bien que leurs noms <ont demeures inconnue.

Page 1