‹ Clément d'AlexandrieChapitre 100 sur 226 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

taies de l'âme, à savoir l'intelligence et la volonté. Sous le rapport de l'intelligence, tout acte de foi implique une certaine connaissance, non-seulement de Dieu qui parle, mais encore du sens de sa parole. « 11 n'y a pas de foi sans un commencement de gnose, et la gnose elle-même n'est pas dépourvue de foi. La foi est la connaissance succincte de ce qu'il est nécessaire de savoir l. » Ce qui distingue la connaissance de la foi de la connaissance scientifique, ce n'est pas la certitude, c'est l'évidence. Le fidèle est aussi certain de la vérité qu'il croit que le savant de la vérité qu'il voit ; mais le fondement de cette certitude n'est pas le même pour l'un et l'autre. La certitude donnée par la science repose sur l'évidence, la certitude donnée par la foi repose sur l'autorité. Ainsi la foi, ne se fondant pas sur l'évidence, c'est-à-dire sur la raison, n'exige pas de preuve de raison quant à sa vérité intrinsèque. Il y a devoir pour l'intelligence, lorsqu'il est établi que Dieu a parlé, de se soumettre, même avant de comprendre.

Cet acte de soumission de notre raison propre à l'autorité de Dieu est, par là même, un acte libre et, par conséquent, moral.

Dès lors, la foi, dans ses rapports avec la volonté, est soumise à toutes les conditions des actes volontaires. Gomme toutes les autres vertus, elle peut s'acquérir ou se perdre, se fortifier ou s'affaiblir.

Elle n'est donc pas un bien inamissible, et sa conservation exige de l'homme les mêmes elforts et les mêmes dispositions qui sont nécessaires pour son acquisition. Le fidèle doit se soustraire aux influences qui pourraient affaiblir ou détruire en lui le don divin. Parmi ces influences,

1 Strom. VIL JO, [>. 865.

lUine dos plus funestes est celle des mauvais discours et des

mauvais livres. « 11 ne faut pas, dit Clément, prêter indif- « féreinnient l'oreille à tous les orateurs et à tous les écri- « vains. Les coupes que des mains nombreuses prennent « par les oreilles, c'est-à-dire par les anses, les perdenl « bientôt, tombent et se brisent. Ainsi en est-il de ceux qui « prostituent à mille bagatelles les chastes oreilles de la « loi ; ils finissent par devenir sourds à la voix de la vérité. « stériles en oeuvres et tombent dans la boue ]. »

La foi étant, d'après tout ce qui précède, l'unique moyen donné à l'homme d'entrer en participation de la vie surnaturelle dont le Rédempteur est la source, est par là même le fondement du salut. « Le seul fondement de la « connaissance de la vérité ainsi que d'une vie solidement « vertueuse conforme à cette vérité, c'est la foi. condition « indispensable du salut2, aussi indispensable que la res- « piration à la vie du corps g. La philosophie ne sert, par « conséquent, de rien aux infidèles après cette vie, eussent- « ils bien agi soit par hasard, soit avec intention 4. Je suis « la porte des brebis, dit le Seigneur. Il est nécessaire pour « être sauvé d'apprendre la vérité du Christ, fût-on pro- « fondement instruit de la philosophie grecque5. La Loi « elle-même, plus parfaite que la philosophie, ne pouvait « sauver les Juifs sans la foi. Voilà pourquoi en les gué- « rissant le Seigneur leur disait : ) olrr foi vous a sa m « Aussi c'est par sa foi et non par ses <eu\ res qu1 Abraham « obtint sa justification 7. La foi est donc pour tous

1 Slrum. V, 1, |>. 652.

-' Puedag., I, (i, ]». 112-114.

a 8trom. V, 1, p. 644; II, Cet 12, p,44.r>, 157.

- Ibid. I, 7, p. 338.

> Ibid. I'. 13, p. 698.

,; Ibid. VI, 6, p. 7(J2.

1 Ibid, /, 7, |». 338.

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