LIVRE IIL
La part de la raison, si elle n'est pas a première dans la formation de la foi, reste, on le voit, assez belle encore. Elle doit se soumettre, mais sa soumission à un maître dont elle ne peut méconnaître l'autorité sans se renoncer elle-même, loin de la déprimer, l'élève; loin d'enchaîner son activité, d'affaiblir sa puissance, lui donne une force plus grande et lui ouvre des horizons nouveaux. La parole de Dieu l'introduit dans des régions dont l'entrée lui était naturellement fermée, et les clartés qu'elle y découvre rejaillissent à leur tour, en les éclairant, sur les parties obscurcies de son propre domaine.
La foi n'est pas seulement divine parce qu'elle a pour principe la parole de Dieu, et pour fondement sa véracité ; elle est divine aussi par son origine psychologique dans l'âme humaine. C'est Dieu lui-même qui, par sa grâce, incline l'homme à croire à sa parole. Sous ce rapport, la foi est une sorte de faculté surnaturelle, une vertu infuse, comme parle l'Ecole, qui donne à l'âme l'aptitude nécessaire pour s'approprier l'enseignement révélé J. La foi n'est donc pas l'apanage des gens simples et grossiers, comme le prétendent les Valentiniens. Elle n'est pas non plus nécessitante, au sens des Basilidiens.
La grâce de la foi, en s'offrant à tous, laisse à chacun sa liberté et exige de chacun son concours. « Dieu, le « Seigneur de tous les hommes, des Grecs et des barba- « res, persuade ceux qui veulent se laisser persuader; « mais il ne force personne ; car à chacun a été donné le « pouvoir de se déterminer par son propre choix è. Que « si la foi était le fait de la nature et non d'une élection « libre, on aurait tort de reprocher aux uns leur inerédu-
i Strom. II, (j, p. 445;— V, 1, p. 017. * Ibid. VII, 2, p. 831.
20ii OLÉMENÏ D'ALEXANDRIE.
lité et de faire aux autres un mérite de leur croyance. Ou ne voit pas non plus à quoi servirait le sacrement de régénération, et la pénitence, et le Fils et le Père, puisque le salut serait le fruit de la nature et non de la grâce. Enfin, nous ne serions, dans cette hypothèse, que des espèces d'animaux que la nature tirerait en divers sens, comme par d'irrésistibles liens, et le volontaire, aussi bien que la tendance appétitive qui le précède, ne seraient que des mots vides de sens l. La foi n'est donc ni naturelle, ni nécessitante. Elle est tout ensemble une grâce et une élection libre.
Considérée dans son élément divin, c'est-à-dire dans son principe immédiat, dans son motif propre et dans son objet, la foi contient toute vérité, toute vertu. Elle n'admet ni incertitude, ni obscurité, ni défaillance. « C'est, dit Clément, la Vertu et la Sagesse même de Dieu *. » Rien ne manque à sa certitude. La démonstration ne peut la rendre ni plus inébranlable, ni plus évidente 3. Rien ne manque non plus à son efficacité. « La foi est, en quelque « sorte la puissance de Dieu, étant la force de la vérité, a Le Sauveur a dit, en effet : Si vous avez de la foi comme « un grain de sénevé, vous transporterez les montagnes* « "Et ailleurs : Qu'il soit fait selon que vous arez cru. L'un « est. ainsi rendu à la santé par sa propre foi, l'autre à « la vie par la foi de celui qui avait cru à sa résurrec- « tion 4. »
Envisagée dans son élément humain, comme une élection libre, la foi présuppose un acte intellectuel et le désir du bien. Elle comprend donc les deux facultés fondamen-
• Strom. II, 3, p 433, 434.
i Ibid. II, -\ p. 133.
» Ibid p. 133.
• îbid. II. il, I-. 154.