‹ Clément d'AlexandrieChapitre 102 sur 226 · CHAPITRE T · texte numérisé non relu

CHAPITRE T

Importance, dignité et nature de la Gnose.— De la Gnose spéculative.

La foi possède une vertu vraiment sanctifiante. Elle a sur la philosophie cet immense avantage, que par ellemême elle peut justifier l'homme et lui procurer le salut. « Qu'un Grec, dit Clément, ayant négligé préalablement « r étude de la philosophie, embrasse la véritable foi; si « grossier qu'on le suppose, il laisse les autres à une im- « mcnse distance derrière lui , car il trouve dans la foi « l'abrégé du salut et de la perfection 1. C'est pourquoi « l'Apôtre ne veut pas que notre foi se fonde sur la sagesse « des hommes qui font profession de persuader, mais sur « la vertu de Dieu qui, seule et sans le secours d'aucune « démonstration , nous sauve par la foi 2. ».

La philosophie n'est donc nécessaire ni à l'acquisition de la foi, ni par conséquent au salut, ou plutôt, comme parle notre saint docteur, la foi et la vie de la foi « est une philo-

1 Strom. VII, 2, p. 834.

- lbid. V, 1, p. B49.

20f» CLÉMENT D'ALEXANDRIE.

« sophie qui n'a pas un besoin absolu du secours des let- « très et qui est accessible à tous, au Grec comme au « barbare, à l'esclave comme au vieillard, à reniant « comme à la femme K »

Ce n'est pas à dire cependant que le don divin de la foi dispense le fidèle de tout effort de l'intelligence et de la liberté. Non, nous l'avons dit, Clément n'admet pas une foi oisive -. Il veut que par le concours énergique, persévérant de sa raison et de sa volonté, le fidèle s'approprie la vérité révélée, qu'il entre de jour en jour plus avant dans l'intelligence et dans la pratique de cette vérité, en un mot, qu'il travaille, avec le secours divin, à étendre et à perfectionner sa foi autant qu'il en est capable 3. De là F importance et l'excellence de la gnose ou de la foi scientifique

Comme nous l'avons remarqué dans le premier livre de cette étude-, Clément avait ici des préjugés à combattre. Plusieurs chrétiens se défiaient de la science. Les uns prétendaient que les chrétiens devaient s'en tenir aux choses de la foi et rejeter tout ce qui lui est étranger comme inutile ou nuisible au salut4. D'autres se croyant dispensés, par l'excellence de leur nature, de tout travail de l'intelligence, ne voulaient entendre parler ni de philosophie, ni de dialectique, ni d'étude naturelle; ils n'admettaient que la foi pure et simple5. Ainsi les uns rejetaient la science par crainte, les autres par présomption.

Clément combat l il (fautant plus vivement ces erreurs qu'il les jugeait déshonorantes pour la foi et destructives de la liberté morale. « De même, dit-il. qu'il est naturel à

i Strom. IV. H, i). 590.

i Ibid V, 1, p. 650.

'• Ibid. VU. 10, p. 864.

• Ibid. /. 1, p. 336.

■ Ibid. 1. !'. p. 341,

Page 1