LIVRE IV. i
» science, par la. bouche de l'homme. Et c'est pourquoi il « a voulu se faire homme lui-même. Le gnostique ne préce fère donc jamais l'agréable à l'utile, le plaisir au devoir. . . » Tel fut Joseph que la femme de Putiphar ne put rendre « infidèle... Frappé par la maladie ou par un accident, en « face de la mort elle-même , le plus terrible des maux « d'ici-bas, il conserve un esprit tranquille. Il sait que ce « sont là des nécessités de la nature; il n'ignore pas non « plus que, par la puissance de Dieu, ces maux deviennent « un remède de salut, qu'ils sont une discipline salutaire « pour les âmes dont la transformation offre plus de résis- « tance, et une source de mérites ménagés par une bienfai- « santé Providence. Usant des choses créées dans le temps « et la mesure que lui prescrit le Verbe, il en rend grâce « au Créateur, et en use sans s'y assujettir. Il ne garde « jamais le souvenir d'une offense, ne s'irrite contre aucun « de ses frères, eût-il mérité d'être haï par ses œuvres ; car « il honore le Créateur, il aime le compagnon de sa vie, « et, touché de compassion pour ses misères, il prie pour « lui à cause de son ignorance. Lié à son corps par une « nature passible, il en éprouve, par suite de cette union « intime, les affections. Mais il ne se laisse pas guider par « la sensibilité. Dans les accidents involontaires, il s'élève « de la douleur aux choses qui sont propres à sa nature « spirituelle, ne se laisse point entraîner par celles qui lui « sont contraires, et ne cède et ne se prête qu'à celles qui « lui sont imposées par la nécessité sans être nuisibles à « son âme. Car il veut être fidèle, non en opinion et en « apparence, mais en connaissance et en vérité, c'est-à-dire « par une conduite ferme et stable et une parole efficace. « Il ne se contente donc pas de louer ce qui est bien et « honnête, mais il fait tous ses efforts pour être lui-même
« bon et honnête, pour devenir, par la charité, de hou
« et fidèle serviteur, ami de Dieu, et pour Rétablir1 dans la
« perfection habituelle que produisent l'étude de la vérité
« et le continuel exercice de la vertu... C'est ainsi que le
« gnostique supporte les travaux, les tourments et les afflic-
« lions, non à la manière des philosophes courageux,
« par l'espérance qu'à la douleur présente va succéder
« une jouissance contraire, mais par la ferme confiance
« que lui a donnée la gnose que ses espérances éternelles
« seront réalisées. Aussi il ne méprise pas seulement toutes
« les souffrances; il foule encore aux pieds tous les plaisirs
« de ce monde... Dans tout événement Fàme du gnostique
« se montre courageuse et forte, parce que, semblable au
« corps de l'athlète, elle jouit d'une santé parfaite et de la
« plus grande vigueur. Prudente et sage dans les choses
« de la conduite humaine, elle sait déterminer ce que doit
« faire le juste, parce qu'elle se guide d'après les principes
« d'en haut et que* pour se rendre semblable à Dieu, elle
« s'est acquis une douce tranquillité parmi les plaisirs el
« les souffrances du corps. Plaçant en Dieu sa confiance,
« elle affronte avec courage ce qu'il y a de plus terrible.
« L'âme du gnostique est donc véritablement l'image ter-
« restre de la puissance divine, ornée d'tfne vertu parfaite
« qu'ont formée en elle la nature, l'exercice et la raison.
« Cette bonté de l'âme devient le temple de l'Esprit saint
« à mesure que sa vie se conforme de plus en plus à PÉvan-
« gile. Parvenu à cette perfection, le gnostique méprise
« toute crainte, tout péril, toute terreur; non-seulement la
« mort, mais encore la pauvreté, la maladie, l'ignominie
« et tout ce qui y ressemble ne l' émeuvent point, parce
« qu'il ne peut être vaincu par le plaisir et qu'il domine
« les passions d'où la raison est absente. Connaissant par-