‹ Clément d'AlexandrieChapitre 112 sur 226 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Non-seulement le gnostique fait le bien , mais il le fait avec une parfaite science et par un motif désintéressé.

« 11 y a une manière vulgaire de faire de bonnes actions, « de s'abstenir, par exemple, des plaisirs ; ainsi, parmi « les gentils, les uns pratiqueront la continence par im- « puissance ou par crainte des hommes, d'autres se prive- « ront des plaisirs présents pour s'en préparer de plus « grands dans l'avenir. Parmi les fidèles eux-mêmes, il « en est qui pratiquent la continence ou dans l'espoir de « la récompense ou par crainte de Dieu. Cette espèce de « continence est sans doute le fondement de la gnose, un « acheminement vers ce qui est meilleur, un élan vers la « perfection; car la crainte du Seigneur, est -il dit, « est le commencement de la sagesse. Mais celui qui « est parfait, c'est par charité qu'il souffre tout, qu'il « supporte tout, non pour plaire aux hommes mais à « Dieu... On peut aussi, dans un autre sens, dire « du gnostique qu'il est continent, non - seulement « parce qu'il maîtrise toutes les passions de son âme, « mais aussi parce qu'il contient en lui les biens spiri- « tuels , et parce qu'il a conquis la sublimité de la « science par laquelle il produit les actes de vertu... « Aussi il mange, il boit, il se marie, non pour ces choses « en elles-mêmes, mais par nécessité. Je dis qu'il se « marie si le Verbe le lui commande et de la manière qu'il « convient. Le gnostique a pour modèles les apôtres, et il « ne fait pas consister la perfection uniquement dans un « genre de vie retirée et solitaire ; car celui-là est vraiment « un homme supérieur qui, au milieu des soins du ma- « riage, de la paternité et de la famille, s'exerce à vivre au- « dessus du plaisir et de la douleur, et quoique occupé de « l'administration de sa maison, demeure cependant insé-

v -, CLÉMENT D'ALEXANDRIE.

« paisiblement uni à Dieu par la charité sans jamais suc- « comber aux tentations qui lui viennent de ses eijfants, « de sa femme, de ses serviteurs et de ses biens ter- « restres...

« La mort est la séparation de F à me et du corps ; or la « gnose est une mort spirituelle qui dégage et sépare l'âme « des mouvements passionnés et l'élève à la vie des bonnes « œuvres, de façon qu'elle puisse dire à Dieu en toute « liberté : Je vis comme tu veux.,. Gomment pourrait-il « se plaire encore dans les plaisirs grossiers de la table et « de la chair, le gnostique qui se tient en garde même « contre la jouissance que peut procurer la parole, la « pensée ou l'action ?. . . Les âmes gnostiques sont ces âmes « que l'Evangile compare aux vierges saintes qui atten- « dent le Seigneur. Elles sont vierges, en effet, parce « qu'elles s'abstiennent du mal ; elles attendent le Sei- « gneur par la charité et allument leur lampe pour la con- « templation ; âmes prudentes, elles s'écrient : 0 Seigneur ! « l'heure est enfin venue, nous désirons vous recevoir : « nous avons vécu suivant vos commandements et nous « n'avons négligé aucun de vos préceptes. C'est pourquoi « nous demandons l'accomplissement de vos promesses. « Nous vous prions de nous accorder ce qui est utile. « puisqu'il ne convient pas de vous demander ce qui est « beau; et nous recevrons comme utiles, loçs même qu'elles « paraîtraient nuisibles, toutes les épreuves que nous en- « vena votre sage Providence pour exercer notre con- « stance dans le bien...

« Ainsi toute la vie du gnostique est une prière et une « conversation avec Dieu... Opposant aux plaisirs un este prit (Tune fermeté indomptable et ne tombant jamais

« dans le péché, les mauvais exemples n'ont sur lui au-

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