‹ Clément d'AlexandrieChapitre 113 sur 226 · LIVRE IV. m · texte numérisé non relu

LIVRE IV. m

« cune action ; et tant s'en faut qu'il se laisse séduire par « les plaisirs et les spectacles terrestres, qu'il dédaigne « même les biens temporels que Dieu a promis à ses service teurs... Ainsi le gnostique use de la vie du corps comme « si elle lui était étrangère et seulement par nécessité. Il « connaît aussi le sens spirituel et caché du jeûne observé « le quatrième et le sixième jour de la semaine, c'est-à- « dire le mercredi et le vendredi. Il pratique donc, dans « sa vie, le jeûne de l'avarice et de la concupiscence de « la chair, source de tous les vices. Il y a, en effet, sui- « vant l'Apôtre, trois espèces de fornication, la concu- « piscence de la chair, l'avarice et l'idolâtrie. Il pratique « aussi, conformément à la loi, le jeûne des mauvaises « actions, et, conformément à la perfection évangélique, « le jeûne des mauvaises pensées. Il est soumis à des « épreuves, non pour sa propre purification, mais pour « l'utilité du prochain qui s'édifie de le voir mépriser et « surmonter les souffrances après les avoir expérimentées. « Il en est de même du plaisir : c'est le propre de la plus « généreuse vertu de s'en priver après l'avoir connu. Quel « mérite, en effet, y a-t-il à s'abstenir d'une jouissance « qu'on ignore? Accomplissant le précepte évangélique, « il observe le jour du Seigneur, ce jour où il a changé le « mauvais état de son âme en celui que produit la gnose, « et il glorifie ainsi la résurrection du Sauveur. Il regarde « comme un larcin fait à son devoir la moindre perte de « temps que lui imposent la nécessité de se nourrir et les « autres besoins de la vie. Voilà pourquoi ses songes eux- « mêmes ne lui représentent aucune image qui ne con- « vienne à un élu. Car il est tout entier et dans tout ce « qu'il fait, comme un étranger et un exilé sur cette terre ; « habitant par son corps une cité terrestre, il en mépriso

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« les biens que d'autres admirent, y vit comme dans un « désert, de sorte que sa justice, indépendante du lieu où « il se trouve, n'a d'autre principe que la règle de vie qu'il « a librement adoptée. Pour tout dire, en un mot, le « gnostique chrétien est l'image des apôtres qu'il fait re- « vivre parmi les hommes par la sainteté de sa vie, par « l'exactitude de ses connaissances, par la charité avec « laquelle il soulage ses frères, et transporte les monta- « gnes, c'est-à-dire les hauteurs qui s'élèvent dans les c âmes, en adoucit les aspérités et les rend partout uni- « formes. Ce n'est pas qu'en travaillant à la perfection du « prochain, il se néglige lui-même. Car chacun de nous « est à lui-même sa vigne et son ouvrier. Pratiquant donc « ce qu'il regarde comme le plus parfait, le gnostique en « cache la connaissance aux hommes ; en accomplissant « les préceptes, il ne veut d'autres témoins que Dieu et '( lui-même, ni d'autre récompense que les biens qui sont « l'objet de sa foi. Car, est-il écrit, là oit est le cœur chai « homme, là est aussi son trésor. 11 se fait petit par la per- « fection de la charité, afin de ne jamais mépriser son « frère dans l'affliction, s'il sait qu'il pourra plus facilec ment que lui supporter l'indigence. La douleur de son « frère lui est une douleur propre, et si en lui apportant le « secours de son indigence il se condamne lui-même à « quelque privation, il ne s'en afflige point, mais en de- « vient plus charitable encore...

« Détaché de la terre par l'espérance qu'il nourrit dans « son cœur, il n'a aucun goût pour les beautés de ce « monde et méprise généreusement tous les biens \ [sibtes, « Mais il a pitié de ceux qui. condamnés après leur mort, « sont forcés par leurs supplices de rendre hommage au « Seigneur. Pour lui. conservant une conscience toujours

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