CHAPITRE II
Les Gnostiques et 1 Église,
Avant d'entrer dans l'Église avec les apologistes, la philosophie avait cherché à y pénétrer avec les Gnostiques par une voie illégitime et ouverte à toutes les erreurs.
Les livres du Nouveau Testament désignent sous le nom de gnose (yvàetç), en opposition avec le mot foi (7ïictiç), une science approfondie des Écritures *, qui, sans se contenter des faits historiques et de la simple exposition des dogmes par l'enseignement ecclésiastique (prœdicatio Ecclesiœ), développe les idées, remonte aux principes et cherche à sonder les profondeurs de la philosophie religieuse du christianisme.
S'autorisant peut-être de cette distinction, et entraînés d'ailleurs par l'exaltation mystique dont le Juif Phi Ion avait donné l'exemple, des esprits téméraires et aventureux prétendirent à une science plus profonde que celle du commun des chrétiens ; mêlant à la parole révélée des idées empruntées à la philosophie grecque et aux traditions orientales, ils cherchèrent à propager dans le sein de l'Église une espèce de doctrine mystérieuse, ou ésolérique, en opposition avec l'enseignement historique et traditionnel.
> I ad Corinth. VIII, 1,7; XII, 8. — II Petr. III, HS.— Act. XXVI, 3,
Cette tendance se manifesta dès le temps des apôtres, et l'on trouve dans les épîtresde saint Paul, de saint Jude et de saint Jean des allusions à une fausse science (<|/eu£oyupoc yvàviç) 1, qui n'est, croyons-nous, autre chose que le gnosticisme naissant. Aussi plusieurs Pères en font-ils remonter l'origine jusqu'à Simon le Mage. Mais ce ne fut qu'au commencement du 11e siècle, sous l'empire d'Adrien et d'Antonin le Pieux, que Garpocrate, Basilides, Valentin, d'une part, Saturnin, Bardesanes, Gerdon et Marcion, de l'autre, poussèrent jusqu'aux dernières extrémités les spéculations théosophiques de Simon, ou plutôt de Cérinthe, et les produisirent sous la forme scientifique de la gnose égyptienne et syriaque.
Les chrétiens attaqués dans leur foi par des ennemis qui usurpaient leurs titres et leur nom, et n'en étaient que plus redoutables, se sentirent vivement excités à la défendre. Les évoques, qui jusqu'à cette époque voisine des temps apostoliques s'étaient contentés de lire les saints Évangiles dans l'assemblée des fidèles, et d'exprimer en termes familiers les réflexions et les sentiments que cette lecture avait excités dans leur âme, furent forcés de montrer d'une manière scientifique que la foi de l'Église s'accordait avec la tradition et avec les livres saints admis par les hérétiques eux-mêmes, tandis que ceux qu'ils rejetaient ne contenaient rien qui fût indigne de la majesté divine, et appartenaient au canon admis de tout temps par L'Eglise. L'enseignement intérieur de l'Eglise prit dès lors une forme nouvelle. Les Gnostiques propageaient leurs erreurs par des commentaires faits sur l'Écriture de vive voix ou par écrit -, et s'efforçaient de faire dériver de celle source
1 II Timoth. VI, 20.— Cf. I Timoth. III, 1; Tu. 111,6.
s Basilides publia vingt-quatre livres de coirnnentefrei sur l'Évmngile.