‹ Clément d'AlexandrieChapitre 123 sur 226 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

l'avons dit, il se trouvait placé entre deux excès contraires touchant cette grave question de la foi et de la gnose.' Tandis que les païens et les Gnostiques méprisaient la foi au profit de la science, quelques catholiques à leur tour, par une réaction plus naturelle que sage, méprisaient et proscrivaient la science et la gnose en faveur de la foi. Ces derniers ne voulaient admettre, suivant l'expression de Clément, que la foi pure et simple. C'était dépasser le but; c'était établir entre la foi et la raison, entre le christianisme et la science un divorce contraire aux principes du christianisme lui-même, qui n'exclut que le mal et Terreur et embrasse l'homme tout entier avec toutes ses facultés et ses aspirations légitimes. Clément chercha donc à montrer qu'en ce sens la foi pure et simple, la foi sans recherche (aveu roO Çvrceïv) n'était pas suffisante pour l'homme et qu'il était nécessaire de se l'approprier, de la féconder par le travail et par la réflexion, comme il est nécessaire de cultiver la vigne avant d'en récolter le raisin *. De là, dans le sens subjectif, la nécessité de la gnose et sa supériorité sur la foi. Cette supériorité est purement subjective, c'est-àdire qu'elle consiste dans la perfection plus ou moins grande avec laquelle le chrétien s'approprie par ses efforts, aidés de la grâce de Dieu, la vérité révélée. Le christianisme, comme nous l'avons remarqué si souvent, est pour Clément la vérité absolue, révélée par le Verbe incarné et contenue dans l'enseignement de l'Église catholique2. Sous ce rapport, il n'y a pas de différence entre la foi et la gnose. Leur objet est identique. C'est la vérité en Dieu, la vérité essentielle, universelle, absolue. Mais tant qu'elle demeure inconnue à l'homme, la vérité est pour l'homme comme si

i Strom, I, 9, p. 341 .

- Psed. I, ch. 7, p. 13*2 et tout le chapitre.

elle n'était pas. Elle ne peut sauver r homme qui l'ignore. Gomment l'homme pourra-t-il dissiper cette ignorance el parvenir à la connaissance de la vérité absolue qui est Dieu? Ce n'est pas par ses propres forces. Il a besoin d'un précepteur divin, et ce précepteur est le Verbe, la face du Père, qui, dissipant les ténèbres de l'ignorance répandues sur les yeux de notre âme par l'habitude du péché, remplit envers nous l'office de Sauveur, nous apprend à nous connaître nous-mêmes et nous révèle la nature du Père de toutes choses, autant du moins que la nature humaine peut le comprendre1. Le vrai Dieu, dont la nature intime était demeurée inconnue aux païens, s'est révélé dans son Fils incarné, qui n'a rien négligé pour apprendre toute vérité à ceux qui s'en montrent avides et cherchent à la connaître 2.

Ainsi deux conditions sont nécessaires à la connaissance de la vérité divine, et par conséquent à la ressemblance avec Dieu qui s'obtient par cette connaissance : d'une part . l'action du Verbe incarné qui apporte tout ensemble dans sa personne et l'objet de la connaissance, c'est-à-dire la vérité elle-même, et la lumière qui rend cette vérin'1 intelligible à l'homme ou l'illumination. D'autre paît, le concours de l'homme, cherchant, à l'aide de la lumière et de la grâce du Verbe incarné, à s'approprier la vérité dh ine. à la pénétrer, à la comprendre, en un mot à on faire sa vérité. Du coté du Verbe, rien no manque à la connaissance. « Il n'est rien d'incompréhensible au Fils do « Dieu, qui est la sagesse et la science de +^\\ Père, ei par « conséquent rien qu'il ne puisse enseigner Lui-même. « Puisqu'il a souffert par charité pour nous, il no pou!

• Strom. /, -2H, p. 1-2.') ; — I', l,p. (ilT. i îbid. 71, «. p. 775.

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