‹ Clément d'AlexandrieChapitre 129 sur 226 · LITRE IV · texte numérisé non relu

LITRE IV

Paul, la vue l'ace à face, uu la vision béatiiiquc. Au reste, la gnose, bien que distincte de la vision béatifique et moins parfaite qu'elle, est cependant de même ordre, et peut, dès cette vie, s'en rapprocher de plus en plus, à mesure que le gnostique se détache de la vie du corps pour s'unir plus intimement à Dieu par la charité. Le gnostique peut même, sinon d'une manière permanente, au moins par instant, avoir un avant-goût de cet état réservé à la vie future. Voilà pourquoi Clément dit l que la gnose « trans- « porte facilement l'âme à ce qui lui est conaturel, saint « et divin, et, par les progrès mystiques de la lumière qui « lui est propre, elle avance l'homme qui a le cœur pur « jusqu'à ce qu'il soit rétabli dans le lieu du souverain « repos, lui ayant appris à voir Dieu face à face, par « science et compréhension. Car c'est là, ajoute-t-il, la « perfection de l'âme gnostique, qu'ayant surpassé toute « purification et tout ministère elle soit avec le Seigneur « dans le lieu où elle lui est prochainement soumise. »

La gnose est donc l'initiation à la vision béatifique, en laquelle elle se transforme lorsque l'âme complètement purifiée mérite d'être définitivement délivrée de la prison de son corps. Voilà pourquoi « le gnostique demande, « premièrement, la rémission de ses péchés; ensuite, de « ne pécher plus ; après, de bien faire et d'entendre la « création avec l'économie des conseils de Dieu, afin « qu'ayant le cœur pur par la connaissance du Fils de « Dieu, il soit initié à l'heureuse vision de face à face2. » Mais cette transformation n'est jamais complète ici-bas. Le gnostique, même le plus parfait, est dans un état où il croit voir Dieu, dit Clément, plutôt qu'il ne le voit. « Le

1 Slrom. VII, 10, p. 865.

2 Ibid. VI, 1% p. 791.

« gnostique ayant reçu la compréhension par la contem- « plation scientifique, il croit voir Dieu 1. »

En dernière analyse, la gnose est une connaissance intermédiaire qui a la foi pour principe et la vision béatifique pour terme. Elle est plus parfaite que la première, et trouve dans la seconde sa consommation définitive. « L'Apôtre « enseigne, dit le docteur alexandrin, que la gnose, qui << est la perfection de la foi, va plus loin que l'enseigne- « ment des catéchèses, et se développe conformément à « la majesté de la doctrine du Seigneur et à la règle de « l'Église \ »

Ce développement consiste, comme nous venons de le voir, en ce que la gnose pénètre plus avant, par l'étude et la réflexion aidées de la grâce, dans la compréhension de Dieu et des vérités révélées, et se rapproche de plus près que la foi de la connaissance même du Verbe. La foi est une première participation à cette connaissance 3 ; la gnose est une participation plus complète, accordée par le Verbe aux efforts du fidèle, et qui peut s'élever, de degré en degré, jusqu'à une perfection voisine de la vision béatifique. De là les caractères d'immutabilité et d'universalité que Clément attribue à cette connaissance surnaturelle. Néanmoins, tout en admettant que le gnostique puisse, dès ce inonde, arriver à une perfection de connaissance qui dépasse la portée naturelle de son intelligence, le délivre moralement de l'erreur, et l'établisse dans une sorte d'in-

i Strom. \' Il , 1-2, p. 877. < On voit, dit liossuet sur ce passage, combien saint Clément se tempère, et. quand même on accorderait epu'il a un peu détourné le sens de cette parole : par un miroir, il n'a pas ose pa^cr outre pour l'état de cette vie, ni pousser l'exagération jusqu'à lui attribuer le face à face. »

•' Tbxd. VI, 1^. p. 82d : T^v/vôariv TtXj&mv eùoxv Tifcirrirrcftif.

3 ïbid Vt 13, p. 69S:li/if1ifivJT&nrni9T€ux6vi ir/B«»«TWTv«l»flM ri , Dvfû/»

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