LIVRE IV
« l'obéissance à la raison on au Verbe, laquelle n'est « autre chose que la foi, ne produirait-elle pas nécessai- « rement le devoir (y.xB-faov) 1 ? Cette obéissance consiste « dans l'accomplissement des commandements, car le de- « voir est, non dans les paroles, mais dans les œuvres. « Ainsi l'action du chrétien est une opération de l'âme « raisonnable, ayant pour principe et pour règle le juge- « ment honnête et l'amour de la vérité g ; et la vie chré- « tienne est un ensemble suivi d'actions raisonnables 3. »
Analysant ailleurs les éléments de l'acte humain, Clément s'exprime en ces termes: « La connaissance (yvémç) et le « désir ou l'impulsion (opp?) sont deux facultés de l'âme. « L'impulsion ou le désir est toujours précédée d'une pré- « notion ((jvyxazdBsoiç). Car avant de se porter à une ac- « tion, l'agent commence par la connaissance ; la connais- « sance produit à son tour l'impulsion ou le désir, qui est « suivi de l'action. Ainsi le principe et la cause formelle « de toute action raisonnable est la connaissance ''. »
De là le rapport intime qui unit la connaissance avec la vertu et le péché avec l'ignorance. Le péché a sa source la plus ordinaire dans l'ignorance. « Le péché provient de « ce qu'on ignore ou de ce que l'on ne peut accomplir le « devoir. Mais il est toujours au pouvoir de l'homme d'ac- « quérir la connaissance de ce qu'il doit faire et de con-
« former sa conduite à cette connaissance Ainsi, le
« péché est toujours volontaire 5. 11 y a deux sources « de tout péché, dit-il encore, l'ignorance et la faiblesse « (âoQêvuz)^ Tune et l'autre sont volontaires en nous,
iPœdag. I, 13, p. 159.
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* Ibid., I. 13, p. 159-160 : Sû<rrvj/Jta loytx&v npàUw**
* Strom. VI, 8, p. 774.
:i Jbid. II, 15, p. 462-463.
« parce qu'elles proviennent de ce que nous ne voulons pas « connaître ni réprimer nos passions. L'une est la cause « des faux jugements, l'autre de l'impossibilité des actes
« vertueux 1 L'àme sainte sait qu'il n'y a pas
« d'autre mal que l'ignorance et les actes qui ne se font « pas conformément à la droite raison2. » Ailleurs enfin: « Celui qui est dans l'ignorance, dit-il, est sujet au péché, « mais celui qui est parvenu à la gnose est aussi semblable « à Dieu que possible, il est tout spirituel 3. »
Pour être vraiment vertueuse ou conforme à la raison, il ne suffit pas que Faction soit bonne en soi, il faut de plus qu'elle soit faite par un motif convenable et avec une intention pure. A ce titre encore, la connaissance intervient dans l'accomplissement du devoir; car c'est elle qui fait connaître non-seulement ce qui est bon et désirable, mais encore le motif pour lequel on doit le désirer et le poursuivre. « Les saints livres, dit Clément, enseignent qu'il « ne suffit pas de faire le bien en soi, mais qu'il faut se « proposer une fin de ses actions, et les produire confor- « mément à la raison4. » Cette intention est si importante, qu'elle tient lieu de l'action elle-même lorsqif on ne la peul accomplir. « (''est ainsi, dit Clément, que !<• mérite de la « vertu est égal, lorsque l'intention est égale, d'ailleurs, « dans ceux qui veulent faire du bien aux pauvres suis le « pouvoir, et dans ceux qui les soulagent effectivement « parce qu'ils le peuvent 5. »
Tels sont les éléments dont se compose l'acte vertueux : la connaissance du bien se manifestant comme désirable; I»1 choix l'ait de ce bien par la volonté libre; et enfin le mo-
' Strom. VII, 16, p. 694 895.
ïbid. VI, M. p. 797.
" Ibid. IV . 26, p. su».
* Ibid. IV, 14, j>. 796.
/. IV, (i. p. :.si .
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tif de ce choix, ou l'intention que se propose l'agent. L'acte n'est conforme à la raison (Àoyixoç) que lorsqu'il satisfait à ces conditions, et il est d'autant plus vertueux que la connaissance est plus parfaite, le choix plus libre et le motif plus pur. Logiquement, l'amour du bien et l'intention supposent la connaissance et en dépendent ; de là l'importance que lui donne Clément, soit dans l'acte vertueux, soit dans l'habitude de la vertu elle-même.
Nous avons vu que le docteur alexandrin adopte, au moins dans les termes, la définition de la vertu donnée par l'école stoïcienne. Pour lui comme pour les disciples de Zenon, la vertu, considérée en tant qu'habitude, est une disposition permanente de l'âme soumise à la raison dans tous les actes de la vie. Non- seulement cette disposition ne se peut acquérir sans la connaissance, mais Clément semble, de plus, l'identifier avec la connaissance elle-même ; de sorte que la vertu se confondrait avec la gnose, et que le gnostique seul serait parfaitement vertueux1. Cette conclusion, prise à la rigueur, serait évidemment excessive et aussi contraire à l'enseignement catholique que conforme à la doctrine stoïcienne, laquelle, nous l'avons dit, confondait la vertu avec la science, et attribuait exclusivement au sage la pratique du bien, ou le parfait accomplissement du devoir. Mais avant d'examiner plus à fond quelle est la véritable pensée de Clément, nous devons poursuivre sur d'autres points la comparaison que nous avons commencée entre sa doctrine et celle des stoïciens.
Tout en maintenant leur principe, que la vertu est parfaite ou n'est pas, les stoïciens, par une inconséquence que
» Strorn. Vil, 10, p. 864 : Esrtv yàp~— vj yvwsjg — T^îiwoés riç foOpû-nou ws «vdpûnoj, oià T'A,* twv dîioi-j iixtcfT^fiYji /7,juTïlr,poi)lu.é^ri xsctk tî tov t/jôttov x«i tôv /Sîgv cùfjiforjoç kcù buàloyoî sayrvj xaî tw dsioi A<Sya>. — Ibid. VU, 1, p. 828 : Môvov ovzoï: sïvxi QîoveÇ-?) rèv yvwîttxôy.
I ! y CLÉMENT D'ALEXANDRIE.
leur imposait le sens commun, avaient admis néànmofni
dos degrés dans la vertu, et distingué diverses espè d'actions vertueuses. Or, nous trouvons dans Clément d'Alexandrie ces distinctions, exprimées dans les termes mêmes consacrés par l'école stoïcienne.
Au quatrième livre de ses Stromates, notre illustre docteur, défendant contre les Gnostiques la sainteté du mariage, prouve d'abord par l'Écriture que ce n'est pas le corps luimême et les opérations du corps que Dieu réprouve et condamne, mais les péchés qui ont leur source dans les plaisirs du corps. « Ainsi, dit-il, se flétrir comme l'herbe des « champs, marcher selon la chair, et être charnel, c'est. « selon la pensée de l'Apôtre, vivre dans le péché1. — « Sans contredit, l'âme est la partie la plus excellente de « l'homme, et le corps la moins noble. Mais ni l'àme n'< « en soi un bien moral, ni le corps un mal. Car de ce « qu'une chose n'est pas moralement bonne, il ne s'en suit « pas qu'elle soit moralement mauvaise. 11 y a des choses « qui tiennent le milieu, parmi lesquelles se trouvent les « choses qui doivent être préférées ou rejetées (mxnrypêva « fc«è txnonporyiJLéva). L'homme, étant au nombre des choses « sensibles, a du se composer de parties différentes, mais « non contraires. ;i savoir d'un corps et d'une àme2. » Ici évidemment le docteur alexandrin adopte, pour réfuter le Grftosticisme, la division stoïcienne des choses en bonnes, mauvaises et indifférentes. De plus, il range ces dernières en deux classes, comme les disciples de Zenon, et s'approprie les termes mêmes employés par ces philosophes. En
1 il Coi ., x. >\ — 1 Cor., m, ;J.
- Stroui. I V, 1(>, p. 639* OÙ^à ///,- g yt imv èyictibv, rr-rs i, /ÙfiOUV y.y.i y îj^tot-:,- Tiv«f v.v\ ~ '. rr,y ixivv. /.y.\ y~or. yyr/y.îvy à: TûU '■>£''**■ ' 01 CVV T*|« rVV0C9(V 7'ô c/.:0y.i~'.j h yhûr-î'i; •jVtlvis; - - ' « •- '• MàjMTOÇ Xftl Lj/'iz. y - /.