LIVRE IV
adopte- t-il la doctrine aussi bien que le langage? on serait tenté de le croire en lisant le passage suivant, évidemment inspiré par la morale du Portique.
Parlant de la nécessité de la foi et de la science dans Tordre du salut, Clément s'exprime en ces termes : « De « même que les devoirs moyens procurent simplement le « salut, tandis que le devoir parfait a pour récompense un « salut parfait lui-même ; ainsi, toute action du gnostique « est une action de vertu parfaite, au lieu que celle du « simple fidèle est une action qu'on peut dire moyenne* « parce qu'elle n'est pas faite encore conformément à la « raison, et n'a pas la parfaite rectitude qui procède de la « science. Par contre, toute action d'un infidèle est péché, « car l'Écriture enseigne qu'il ne suffit pas de faire le bien « en soi, mais qu'il faut de plus se proposer une fin de son « action, et agir sous l'influence de la raison \ Car la même « action a un caractère bien différent, suivant qu'elle est « faite par un motif de crainte ou par un motif de charité, « ou bien qu'elle procède de la foi ou de la gnose °2. »
Il est évident que Clément s'approprie, dans ce passage , la distinction établie par les stoïciens , entre le devoir parfait (zaropôe^a) et le devoir moyen (yMwov, ^sVyî
7lpOcE,lç) .
Il applique aux œuvres du gnostique et du simple fidèle la différence mise par ces philosophes entre les actions du sage et celles du commun des hommes. Il énumère trois espèces d'actions : la première, qui est parfaite (xaropftojua) , est celle des âmes gnostiques, qui agissent conformé-
i Strom. VI, 13, p. 796 : :<Qs*:sp oZ-jto yèv àrrX&s Mi£stv twv péa&v èazb, zo d èpdûç y.y.i dsovrcaç xattp&cùftst, otstû&i /.xi t.v.-j'j. Tif.&\i% yj^ozi/.ov y.ks x.jcTO/i^w.aa, 7^£ Sk «rr/wç twjzoZi fj.icr, r>pv£iî lî/on ûv, fafiétta xax« ïàyov ÎTtiTÙoi/f^év/}, [j.r,èk aï/V Kocr ÉTTirraffcv xx.-opQovjj.vjr,. /. t. )>.
2 Ibid. IV, 17, p. 655.
ment à la raison et à la science ; la seconde, action moyenne [aia-fi -pyh;), est propre au simple fidèle; enfin la troisième, le péché (a^«pr/îpa), est celle des païens. Ceux-ci, tant qu'ils demeurent dans L'infidélité, ne peuvent se sauver par leurs œuvres. Les fidèles, au contraire, peuvent accomplir des œuvres qui suffisent au salut. Enfin les âmes gnostiques, connaissant les causes et les motifs de leurs actions, s'élèvent à la pratique de la vertu parfaite, et par conséquent, à la perfection du salut.
A ne considérer que ces textes de Clément, il faudrait reconnaître que, non-seulement le docteur alexandrin adopte le principe de la morale stoïcienne, qui consiste à poser la science comme fondement de toute action vertueuse et parfaite, mais encore qu'il se rapproche du Gnosticisme hérétique par sa classification des œuvres dans l'ordre du salut.
La difficulté s'augmente d'un troisième trait de ressemblance entre la morale de notre saint docteur et celle du Portique.
L'on sait que, pour les stoïciens, la perfection de la vertu n'était compatible avec aucun trouble de l'Ame. Pour être véritablement sage et s'élever à la perfection de la vertu, ce n'était pas assez, selon ces philosophes, de réprimer les émotions de l'âme, telles que la tristesse et la joie. L'espérance et la crainte, il fallait, de plus, les étouffer el les détruire comme des maladies morales contraires à la raison. C'est du moins ainsi que Cicéron et saint Jérôme ont compris et nous représentent l'apathie stoïcienne '.
i Cicer., Acad., lib. T. c. \i : Cumqut perturbationem animi îlla < g mine non tôlier ent, natwaqueet condolescere et exiimescere et efferri Lrtitia d>cerent, sedea contraherent in angwtumque dedueerent : Zeno hisomnibui q%m$i morbis voluit carere xapientem. Cumqtn turbationet antique natura
eut dicerent et ra-tionU expertes, aliaque in parte animi cupiditaiem, alia rationem collocarent : ne his quidem assentiebatttr : nam <•/ perturbationes c tanns esie putabai opinionisque judicio suscipi et omnium pertutbationum arbi-