V RE IV
« clave, niais le maître de l'esprit charnel ; car la chair « convoite et se révolte contre l'esprit, pour l'entraîner à « des actions honteuses et contre nature, et l'esprit convoite « contre la chair et la domine, pour rendre la vie de « l'homme conforme à la nature 1. »
Ce dualisme de la nature humaine est le fondement sur lequel Clément établit la nécessité de la continence (éyxpavricc), ou de la mortification du corps et de ses passions. Est-ce à dire que le corps, en lui-même, lui paraisse essentiellement mauvais ? Non, assurément. Il le défend, au contraire, nous l'avons dit, contre les Gnostiques, pour qui la matière était le principe du mal ou l'œuvre d'un Dieu subalterne. « Ils sont coupables, dit-il, ceux qui « maudissent la création et méprisent le corps. Ils ne veu- « lent pas voir que sa structure est droite et faite pour « contempler le ciel ; que les organes de ses sens sont faits « pour la connaissance, et ses membres et toutes ses par- « ties, disposés pour le bien et non pour la volupté. Aussi « est-il l'habitation d'une âme précieuse aux yeux de Dieu, « et cette habitation est jugée digne de l'Esprit saint lui- « même lorsque, par la sanctification de l'âme et du corps, « elle a reçu de la grâce du Sauveur sa dernière perfec- « tion 2. — Cette forme extérieure et visible, dit-il ail- « leurs, nous a été donnée comme condition de notre en- « trée en ce monde, afin que nous pussions occuper une « place dans cette commune école de la vertu ; mais au « dedans habitent le Père invisible, et son Fils qui est « mort pour nous et nous a ressuscites avec lui 3. »
Ce n'est donc pas parce que le corps est mauvais, mais
1 Strom. VI, 16, p. 808-809.
2 Ibid. IV, 26, p. 638.
3 Quis div . salv. p. 954.
parée qu'il est le siège de passions mauvais >. el l'ooeasion d'actions contraires à la raison que le sage doit 1" combattre et le réprimer. Mais jusqu'où doit s'étendre cette répression? Doit-elle se borner aux passions que l'Écriture appelle concupiscences de la chair (i-fi-jviy.i), ou bien doitelle porter sur toutes les sensations du corps, sur tous les mouvements de la sensibilité de l'âme, tels que la faim, la soif, la joie, la tristesse, la crainte, l'espérance?
Relativement aux sensations du corps, Clément remarque qu'il en est de nécessaires à la conservation de la fie* telles que la faim, la soif et autres de même nature. Évidemment le gnosiique ne peut ni ne doit <vi\ affranchir; il doit seulement s'appliquer à régler ces sensations, à y chercher non la jouissance du plaisir, mais un avertissement ou un secours pour accomplir les actes nécessaires h la conservation ou à la reproduction de la vie. « En effet, « dit-il, la jouissance du plaisir n'est pas nécessaire en soi: « elle n'est qu'un accessoire ou une conséquence dea né- « cessités naturelles telles que la faim, la soif, le froid, le « mariage. Elle n'a pas d'autre fin que d'exciter l'homme « à boire, à manger, à se marier. Le plaisir dea sens n'est « donc pas une propriété ou une faculté essentielle à la « nature humaine : çfesl un secours étranger employé aux « fonctions de la vie comme le sel à la cuisson des ali- « ments. Si donc le plaisir, rejetant tout frein, usurpe « violemment le gouvernement de la maison, il produit la « concupiscence, qui est un désir et une convoitise con- « traire à la raison1. » Clément en conclut que le plaisir ne peut être considéré comme là tiu légitime de la miïsation, ni. par conséquent, comme motif déterminant de
1 U\ m. II, 20, | 191.