‹ Clément d'AlexandrieChapitre 137 sur 226 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

l'acte vertueux. Le gnostique doit donc le combattre et le subordonner à la raison dans les sensations inhérentes à la vie du corps.

Il en est de même des émotions qui, sans être nécessaires à la conservation de la vie, ont la propriété d'émouvoir vivement l'âme humaine, et qui ont leur source dans la richesse ou la pauvreté, dans la gloire ou le déshonneur, dans la santé ou la maladie, dans la peine ou le plaisir. Ces émotions, comme les sensations du corps, doivent être réprimées, de façon à ce qu elles ne soient pas la cause d'actions contraires à la raison, ou le motif déterminant d'actions d'ailleurs indifférentes. Or, continue Clément, pour user avec une parfaite indifférence de choses aussi contraires, il faut une grande égalité d'âme; et telle est la faiblesse, tels les préjugés de notre éducation qu'il est bien difficile d'y parvenir1.

Enfin ce n'est pas seulement sur les passions mauvaises et sur les choses indifférentes qui les excitent que doit porter le combat du chrétien, la répression doit s'étendre à tous les mouvements, à toutes les émotions de la sensibilité. « Tel doit être le gnostique, dit Clément, qu'il n'é- « prouve d'autre sentiment que ceux qui sont nécessaires à « la conservation du corps2. » Il doit être exempt même de ces mouvements de la sensibilité qu'on peut regarder comme bons et légitimes lorsqu'ils sont réglés par la raison3. Il ne doit éprouver ni tristesse, ni joie, ni colère; il ne doit agir que par un motif de charité et non en vue des récompenses qu'il peut attendre de Dieu ou des hommes \ Ici Clément prévient une objection qui se présente natu-

1 Strom. II, 20, p. 486, 487.

a Ibid. VI, 9, p. 775.

3 Ibid. p. 776.

' Ibid. p. 776-777. — Ci, V, 5, p. 663 ; IV, il, p. 625 : É'pyov ôï y/'ti'j

rellement à l'esprit et qui a été plus d'une l'ois opposée à la doctrine de l'apathie stoïcienne. Vouloir ainsi dépouiller l'homme de toutes ses passions, mêmes conformes à la raison, n'est-ce pas le priver d'un principe d'action nécessaire soit pour résister au mal physique, soit pour se porter vers le bien moral? Car enfin l'on ne recherche pas l<' bien, l'on ne s'attache pas à lui sans le désirer: comment alors vouloir que celui qui poursuit le bien soit réellement sans passion ? « Ceux qui raisonnent ainsi, répond Clément, « ignorent la divine nature de la charité. La charité, dans « le cœur qu'elle possède, n'est pas un désir, mais une o union de bienveillance qui établit le gnostique dans « l'unité de la foi, sans que le temps ni le lieu puisse l'en « séparer. Celui qui par la charité est déjà au sein des « biens à venir, et qui par la gnose est mis en possession « anticipée de l'objet de son espérance, ne désire rien, « puisque, autant que cela est possible, il jouit déjà du « désirable. Celui qui possède la perfection de l'amour est « donc établi dans un état d'immuable unité l. »

L'apathie ou la constance immuable de l'àme affranchie de tout autre sentiment que celui de la charité, tel est, selon Clément, le dernier terme de la perfection chrétienne, l'état propre et permanent du gnostique. Dans cel état, auquel il s'est élevé par la mortification de ses p sions et la répression de toutes les émotions sensibles, le chrétien parfait en est venu à n'avoir plus besoin de les réprimer et de les combattre. « Il n'est plus continent, « mais il est établi dans un état permanent d'apathie3.

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1 Stmm. VI, 9, p. 776-778.

1 Ibid. IV, 12, p. H-2tS-tv27 : <>>,/ iyxpxrr4i ',.tî* lti. -n't' ■ - Btlott ■

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