‹ Clément d'AlexandrieChapitre 138 sur 226 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

il n'a plus besoin de pratiquer les vertus qui ont pour objet de conserver à l'âme sa tranquillité et la possession d'elle-même, telles que la force, la tempérance. « Gom- « ment, en eiïet, aurait-il besoin de force, puisque étant « tout entier par la charité avec celui qu'il aime, il est « affranchi des misères de cette vie qui ne lui sont même « plus présentes ? Et quel peut être pour lui l'usage de « la tempérance, puisque en lui cette vertu n'a plus d'ob- « jet? Car porter en soi des concupiscences (s7n9up'aç) « dont la répression exige l'exercice de la tempérance « n'est pas le propre d'une âme pure, mais d'une âme « troublée encore par les passions. Quant au courage, il « suppose la crainte et la pusillanimité. Or il n'est pas « convenable que l'ami de Dieu, prédestiné dès avant la « constitution du monde, à la sublime adoption d'enfant « divin, reste soumis aux passions et aux craintes et oc- « cupé à réprimer les troubles de son âme1. »

L'état d'apathie ou de quiétisme dans le parfait chrétien suppose donc la mort de l'homme passionné et sensible. Et Clément donne en effet à cet état le nom de mort rationnelle (Aoyiaèv Bzvzrov) , et à l'exercice de la continence qui le prépare et le procure, celui de méditation de la mort qu'il emprunte à Platon2.

Ainsi délivré de son corps, de ses passions et de tous les troubles dont le corps est l'occasion, la cause, l'instrument ou l'objet, le gnostique arrive enfin à cette ressemblance et à cette union avec Dieu qui est sa fin dernière et sa perfection suprême. D'une part sa connaissance, ne trouvant plus d'obstacle dans les passions de son corps et le trouble de sa sensibilité, devient aussi parfaite qu'elle peut l'être, et

1 Strom. VI, 9, p. 778.

2 Ibid. F, 9, p. 686.

s- identifie, dans ia mesune du possible, avec la connaissance mémo de Dieu. Il contemple Dieu dans la lumière de Dieu, et cette contemplation est en lui un état habituel, de sorte qu'il n'a pas seulement la science et la connaissance, mais qu'il est lui-même science et connaissance '. D'autre part, dans sa vie pratique, le gnostique reproduit d'une manière admirable la nature divine, essentiellement impassible 2, et la vertu de Jésus-Christ lui-même, également exempt de toute espèce de passion 3. Gomme le Verbe, il fait le bien pour lui-même, sans autre motif que la charité, sans autre règle que la vérité '. Lee excitations venant du dehors n'ont plus de prise sur son âme ni d'influence sur ses actions. Inaccessible aux troubles de la vie des sens, et maître des événements comme de lui-même, il fait servir à sa fin tout ce qui lui arrive 3. Aucun malheur ne peut l'atteindre, aucune injure l'affliger, \insi préservé de l'erreur par la gnose, de la faiblesse par la force divine de la charité, il fait le bien toujours, parfaitement et de toute manière, dans ses discours, dans ses actions et dans ses pensées elles-mêmes 6. La vertu lui est tellement habituelle qu'elle devient en lui, comme la science, une seconde nature, et qu'on peut dire de lui non pas seulement qu'il est vertueux, mais la vertu même

En résumé, l'apathieesl le ferme ou plutôt la condition

* Strom. IV, 5, p. 581 : K«rc/»luf c'js y.y.rx r«> swusenxàs èm$j/Jbiu{, n ù/io'Ji CrÀt'y/i-j'j.o'ji, roùç sic Inlyvwvtv zo'j (j-.rj àftxovjrffouç rivât CoûXtreti, 5t z> jj-rfii-J è/r, v&Sov VntnpOvOoXr.) Tft àwàpat Ixxtzov ~b r, : y ovi/.ov . <>t' dtv rer-ov £•- . TCti/, XÎ\ Qî'jiîlù, TW Bildi XCtBxa&S bftÙSiVfb '/VftlTftx» ftSTé%&V Tr,i y./iy-i TTQlÔTitTOi,

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I tbid. II, 18, p. 471.

8 Ibid, VI, 9, 775-776.

* Ibid. IV, 22, p 6*0-630.

:' Ibid. VII, 11, p. 870 : Tcùrw -y.-j-x d< iscurèv Av^pruinu itpht '•:■ *rô --:-

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0 Tbid. VII}9, p. 864 : iti yv. mzropStl h ->;• nivrui, xaî fv U

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