‹ Clément d'AlexandrieChapitre 14 sur 226 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

idée assez complète du gnosticisme, de la doctrine et du caractère de ses principaux représentants.

Alexandrie, centre commun où l'Orient et l'Occident se donnaient rendez-vous, vaste Babel où tous les systèmes avaient leurs doctrines, toutes les religions leurs pontifes, devait être et fut en effet le foyer du gnosticisme. Les plus célèbres Gnostiques, Carpocrate, Basilides, Valentin y enseignèrent leurs funestes rêveries , et les sectes fondées par eux étaient encore florissantes au commencement du me siècle. On peut juger de l'importance qu'avaient obtenue ces hérétiques et du danger qu'ils faisaient courir à l'Eglise par la vigueur avec laquelle les attaque Clément d'Alexandrie, ordinairement si calme dans la discussion et si bienveillant envers ses adversaires. 11 les représente comme des hommes dévorés d'orgueil et d'ambition qui sacrifient la vérité au désir de briller et de se faire un nom parmi la multitude. « Divisés entre eux et se renvoyant mutuellement le mépris et les railleries, ils ne s'accordent, ditil, que dans la prétention qu'ils affichent tous d'être élevés par leur nature et par leur science au-dessus du reste des hommes1. Il n'est rien qu'ils ne tentent pour parvenir à leur fin. Aussi, plus ils se voient convaincus, plus ils redoublent de fureur contre ceux qui professent la véritable philosophie. Ils se jettent dans tous les excès, font mouvoir toutes les cordes, et ne craignent même pas de nier les Écritures par une scandaleuse impiété, plutôt que de renoncer à la réputation dont ils jouissent dans leur secte, à ce siège si vanté dans leurs conciliabules en vertu duquel ils occupent la première place dans les festins qu'ils décorent faussement du titre sacré d'agapes 2.

1 Strom. VII, p. 890 sq.

« Ibid., p. 891.

« Parmi eux il est des malades opiniâtres qui n'essayent même pas de prêter l'oreille aux exhortations de la vérité, Us font plus, ils s'arment contre elle de boM mot* et de

blasphèmes, ils s'attribuent la connaissance des dogmes les plus relevés, et cela sans avoir rien appris, sans examen, sans effort préalable, sans le moindre raisonnement : lamentable perversité qui mérite plus de pitié que de haine1. 11 en est d'autres qui, maîtrisés par un vain amour de la gloire, éludent volontairement les doctrines conformes aux Écritures divinement inspirées, telles que les bienheureux apôtres et nos maîtres nous les ont transmises, et opposent par des raisonnements étrangers les pensées de l'homme aux traditions de Dieu pour établir l'hérésie 2. »

Tous les Gnostiques se glorifiaient donc, comme on le voit par cette citation et comme leur nom l'atteste, de la possession d'une haute et mystérieuse science. C'était, suivant la remarque de Clément, le seul point qui leur fût commun. Cette science supérieure, quelle en était l'origine, la nature? Quel était son rapport avec la foi? Comment s'élever jusqu'à elle? Sur ces questions le partage commençait et les explications devenaient contradictoires. 11 n'entre point dans notre sujet d'analyser ces systèmes 3. Nous nous contenterons d'exposer en peu de mots les principes des Basilidier.s et des Yalentiniens, plus savants et plus nombreux à Alexandrie que les autres Gnostiques, et pour cette raison plus spécialement combattus par notre zélé docteur.

1 Strom. VII, p. 895.

2 Ibid., p. 8!«(i.

:î Sur la question du gnosticisnio, on peui consulter le savant bén< tin doin René Massue t: Dùsertationes prmvim in Irenmilibros% el M llatter: Histoire du gnosticisme . Ce dernier ouvrage est très-diffus j mai* on y trouve des indications utiles.

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