‹ Clément d'AlexandrieChapitre 151 sur 226 · LIVRE IV. 3U · texte numérisé non relu

LIVRE IV. 3U

Saint Augustin n'entend pas de la même manière l'apathie stoïcienne. Il s'appuie sur le témoignage de Gicéron et d'Aulu-Gelle pour établir que la doctrine des stoïciens, touchant les passions de l'àme, diffère peu de celle des autres philosophes, des péripatéticiens, par exemple, et des platoniciens. « Il me semble, dit-il, que la question de sa- « voir si le sage est sujet aux passions ou s'il en est abso- « lument affranchi est une simple dispute de mots. Car « j'estime que les stoïciens ne sont point au fond d'un « sentiment contraire à celui des platoniciens et des péri- « patéticiens, malgré la différence des termes qu'ils em- « ploient. . . Les uns et les autres prétendent que les passions h ne dominent point sur l'âme du sage. Et quand les stoï- « ciens disent que le sage n'y est point sujet, ils n'enten- « dent peut-être autre chose, sinon que sa sagesse, en tant « qu'elle le rend sage, n'en est ni obscurcie ni souillée. « Mais elles se produisent dans l'âme du sage, sans trou- « bler la sérénité de la sagesse, par la préférence des « choses qu'ils appellent avantages ou inconvénients, quoi- « qu'ils refusent de les appeler biens ou maux i. »

D'après cette interprétation du grand évèque d'Hippone, l'apathie stoïcienne ne consisterait pas dans l'insensibilité

esse temeritas, quam Det sibi non dicani- similitudinem, sed sequalitatem veudicare, et brevi sententia omnium hœreticorum venena complecti, quce dephilosophorum, et maxime Pythayorœ et Zenonis, principis stoïcorum, fonte manarunt. Illi enim quae Grœci appellant ~vfrr\, nos perturbationes possumus dicere, ii'Çjritudinem videlicet et gaudium, spem et metum, quorum, duo prœsentia, duo futur a sunt, adserunt extirpari posse de mentibus, et nullam fibram radicem— que ritiorum in homine omnino residere meditatione et assidua exercitatione rirtutum.

1 De Civil. Dci, lib. IX, c. iv : Quie si ista sunt, aut nihil, aut pêne nïhil distat iuter sloicorum, aliorumque philosophorum opinionem de passionibus et perturbationibus animorum : utrique enim meutem rationemqne sapientis ah i irum dominatione défendant. Et ideo fortcase dicu.nt eas in sapientem non radere stoïci, quia nequaqnam ejus sapientia.m qua utique sapiens est, ullo er~ r<jrc obnubilant, aut labe subvertunt. Accidunt autem a.nimo sapientis, sa.lva serenitate sapientis, pr opter Ma qux commoda vel incommoda appellant, quamvis en nolint dicere bona vel mala.

ou l'absence absolue de toute émotion sensible, mais dans l'empire absolu sur les diverses passions de l'âme. Le sage des stoïciens subirait, comme les autres hommes, lès ('motions qui préviennent la raison; mais, tandis que les hommes ordinaires cèdent à ces émotions et considèrent comme un mal ou un bien les choses qui les produisent, le sage s'en rendrait maître et en porterait toujours un jugement solide et conforme à la raison l.

Nous ignorons si Clément a entendu comme saint Augustin l'apathie stoïcienne, mais nous croyons pouvoir établir que sa propre doctrine, en cette matière, ne diffère pas au fond de la doctrine de l'évêque d'Hippone et des autres docteurs catholiques.

En effet, l'apathie gnostique dans laquelle il fait consister la perfection du chrétien et la ressemblance avec Dieu n'implique pas nécessairement, dès cette vie, l'impeccabilité, ni dans l'autre, l'insensibilité absolue de l'âme béatifiée.

« Notre Précepteur, dit-il, est semblable à Dieu son « Père, dont il est le Fils, absolument exempt de tout « péché, de tout reproche, de toute passion... Il est « l'image, pure de toute tache, qui nous est proposée, le « modèle que notre âme doit employer toutes ses forces à « imiter et à reproduire. Il est libre de toutes les ('motions « qui troublent le cœur humain, et seul il es! juge, parce « que seul il n'est pas sujet au péché. Quant à nous, nous « devons travailler à pécher le moins possible. Notre pre- « miersoin, notre première étude doil êtrede nous délivrer

' Cette interprétation de saint Augustin n'est pas généralement admise, et nous croyons que celle de saint Jérôme est pins conforme au\ principes fondamentaux de la morale du Portique. Du reste, il difficile de mettre les stoïciens d'accord arec eux -mêmes, b( l'on sait que Plutarquc a fait un livre de Iiuirs contradictions.

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