‹ Clément d'AlexandrieChapitre 152 sur 226 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

« des passions et des maladies de Famé. Ce qu'il y a de « meilleur et de plus parfait, c'est de ne commettre absolu- « ment aucun péché, privilège qui n'appartient qu'à Dieu « seul. Le second degré de la perfection est de ne jamais « commettre volontairement le mal, ce qui est le propre « du sage ; le troisième de ne pas tomber fréquemment « dans les fautes involontaires , ce qui appartient aux « disciples les plus généreux du divin Précepteur. Enfin « le plus humble degré de la vertu est, pour nous, de ne « pas demeurer dans l'habitude du péché... Le Verbe est « le seul qui soit sans péché. Car le péché est naturel et « commun à tous les hommes *"; »

Cette doctrine est évidemment la doctrine même de saint Augustin. Il est vrai qu'ailleurs Clément semble accorder au parfait gnostique l'impeccabilité dont il fait ici le privilège exclusif du Verbe.

« L'habitude, dit-il, devient naturelle à celui qui s'en « fait, par l'exercice gnostique, une vertu inamissible; car « comme la pesanteur est propre à la pierre, ainsi la « science inamissible l'est à celui dont nous parlons, non « involontairement, mais de son bon gré, par la puissance « raisonnable, gnostique et prévoyante. Le gnostique par- « vient donc à ne pouvoir perdre la vertu, parce qu'il ne « peut perdre la précaution ; il vient, par la précaution, « à ne pécher plus, et par le droit raisonnement (èvïo- « ylaOïaç) à rendre la vertu inamissible. La gnose est « donc une très-grande chose, puisque par elle on conserve « ce qui rend la vertu inamissible 2; » c'est-à-dire la prévoyance, la précaution, le bon raisonnement que le gnos-

1 Pœdag. I, 2, p. 99.— Cf. Pœdag. III, 12, p. 307 : Movob- yv.p faâfldtpnrrbç kjtqç b Kôyos' zb [xïv yy.p èÇxfJ.xp-z<yyeiv, 7T«oiv ï/j.fuzov, xar KOtvov.

2 Strom. VII, 7, p. 859.

tique, eu tant que gnostique, conserve toujours et ne peut

pas ne pas conserver, tant qu'il est gnostique, encore qu'il

le conserve volontairement et librement. «Celui, dit-il

« ailleurs, qui a appris à aimer Dieu, de façon à ce que

« cet amour soit en lui une habitude, possédera une vertu

« dont ni la veille, ni le sommeil, ni aucune image -«usible

« ne le feront déchoir, car il est de la nature de l'habitude

« de n'être pas instable et transitoire, mais stable et per-

« manente1. » Enfin, au sixième livre de ses Stromates,

Clément, après avoir distingué deux espèces de purifications

de l'àme, l'une qui consiste à s'abstenir du mal et l'autre à

faire le bien, ajoute dans le même sens : « Celui qui s'est

« appliqué par la pratique de la vertu à croître dans la

« justice demeure établi dans l'habitude immuable de faire

« le bien comme Dieu lui-même 2. »

Quel est le sens de ces paroles? Pour le comprendre, il faut se rappeler que Clément attribue partout à son gnostique l'habitude consommée de la vertu. Cette habitude, fondée sur la science approfondie de la foi et acquise par la pratique du bien , n'est pas une simple disposition encore douteuse et changeante telle qu'on la trouve dans les commençants. Elle est, par comparaison avec cette dernière, fixe, permanente et immobile. C'est ce qu'explique Clément par ces paroles : « Tant que la partie principale « de l'àme demeure dans un changement et dans Pinsta- « bilité, la force de l'habitude ne s'} peut pas conserver3.» L'habitude ainsi comprise, étant une seconde nature, suppose donc quelque chose de permanent et d'immuable, et c'est là précisément ce qui constitue, d'après Clément, le

1 Strom. XV, -2-2, y. (121 .

: Ibid. VI,', |>. 771, Jbid. VI, 0, |>.778.

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