LIVRE IV
dit : « 1/àme de l'homme juste devient de jour en jour « meilleure par F accomplissement de la loi divine ; et « chacun des progrès qu'elle accomplit la rapproche de « l'habitude de l'apathie jusqu'à ce qu'elle parvienne à « l'état d'homme parfait, c'est-à-dire jusqu'à la possession « suréminente de la gnose et de l'héritage *. Pour de par- « fait en toutes choses, je ne sais s'il y en a d'autre que « Celui qui s'est fait homme pour nous 2, » c'est-à-dire, sans difficulté, je n'en connais point.
Quant à celui qui est au comble de la perfection à laquelle il puisse atteindre en cette vie, voici le portrait qu'en trace notre saint docteur : « L'opération du parfait gnosti- « que consiste à converser avec Dieu par le grand pontife, « après s'être rendu autant que possible (sic dvvxy.iv) sem- « blable à Dieu par sa piété en toutes choses... Il s'efforce « d'imiter autant qu'il le peut (àç ïvi p£k\.àxàc) , par l'apathie « qui est en lui le fruit de l'exercice, l'apathie naturelle de « Dieu, lui demeurant inséparablement et étroitement uni « dans sa vie et ses œuvres 3. » Enfin revenant sur le même sujet et s'inspirant de saint Paul 4, Clément dit au même livre : « Celui qui s'attache au Seigneur en esprit est tout « fils, saint, impassible, gnostique, parfait, formé par la « doctrine du Seigneur, afin qu'après s'être uni au Sei- « gneur par ses œuvres, ses paroles et son esprit lui-même, « il soit mis en possession de la demeure réservée à celui « qui est ainsi parvenu à la plénitude de l'homme. J'en ai « dit assez pour ceux qui sont initiés à la gnose et qui « comprennent en quel sens il a été dit par le Seigneur :
i Strom. VII, 2, p. 834.-Cf. Eph. IV, 13.
2 Ibid. IV, 21, p. 623 : Uc/.vtz àk bpov -vikuoi, où/. oW û tcç v.vQpiJmw, èVî y.vdpomoî âv rD./jv /xôvov b dC Ytfixç «vÔ^wttov £V<Lçâ//£v$$.
3 Strom. VII, 3, p. 835-836.
* I Cor. VI, 11, sq.
« Soyez parfaits comme voire Père est parfait, remettani
« les péchés, oubliant les injures et vivant dan.- l'étal « d'apathie. Car de même que Ton dit un médecin parte fait, un parfait philosophe ; de même, je pense, nous « pouvons dire un parfait gnostique. Mais toute perfection « humaine, quelque grande qu'on la suppose, ne peut ja- « mais égaler celle de Dieu. Car nous ne tombons pas. « comme les stoïciens, dans cet excès d'impiété, de pré- « tendre que la vertu de l'homme et la vertu de Dieu sont « la même vertu. Puisqu'il est impossible que personne « soit parfait comme le Père, il reste donc que nous soyons « parfaits comme le veut le Père. Or, le Père veut que, « conformant notre vie à l'Evangile, nous devenions par- « faits, exempts de tout reproche l. »
L'on peut à l'aide de ces textes bien compris, et rapprochés de ceux que nous avons cités plus haut, déterminer d'une manière précise la nature et le degré de l'apathie que Clément attribue au parfait gnostique. Celte apathie n'est pas celle de Dieu : le prétendre serait un excès d'impiété, dit Clément. L'apathie en Dieu a deux caractères qui la distinguent essentiellement de celle du gnostique. En Dieu elle est naturelle ; elle tient de l'essence divine dont l'idée implique l'absence de toute émotion passionnée et de toute espèce de trouble. Dans l'homme, elle n'es! el ne peut être qu'une habitude acquise, puisque par sa nature l'homme est sujet aux passions. En Dieu, l'apathie esl parfaite : rien de passif dans la nature divine : dans le gnostique, au contraire, l'apathie absolut1 esl impossible, elle répugne à sa nature essentiellement passive.
L'apathie du gnostique n'esl pas non plus l'apathie du
1 Strom. Vil, 14, |>. 885.