LIVRE IV. ;j
Verbe incarné, de l* Homme-Dieu , quoiqu'elle puisse et doive s'en rapprocher davantage. « Le gnostique, dit Clé- « ment, fait l'effort qu'il peut pour être semblable au « Maître jusqu'à l'impassibilité1. Il devient comme une « troisième image divine semblable autant qu'il est possi- « ble à la seconde Cause 2, c'est-à-dire au Fils de Dieu. « Il devient Dieu en quelque manière d'homme qu'il « était 3. » C'est toujours avec ces restrictions que Clément parle de l'admirable ressemblance du gnostique avec Jésus- Christ et de l'apathie de l'un avec l'apathie de l'autre. Dire que le parfait gnostique tâche d'approcher de l'apathie du Maître, c'est dire que son apathie n'est pas une perfection où il soit parvenu , mais un effort pour y parvenir qui l'en rapproche de plus en plus. Voilà pourquoi « le gnos- « tique, quoique d'un mérite plus grand , selon qu'il se « peut, parmi les hommes, ne sera pourtant point appelé « parfait étant en la chair, car ce terme est réservé à la « fin de la vie 'h. Notre gnostique possède tous les biens en « puissance mais non pas en nombre, autrement il ne « pourrait déchoir, privilège qui n'appartient qu'au pro- « grès que Dieu lui réserve dans l'autre vie 5.
Ainsi Clément n'admet pas que l'apathie du Verbe incarné, qui exclut d'une part la concupiscence et d'autre part tout sentiment, toute émotion involontaire, puisse être ici-bas le partage du chrétien, même le plus parfait. Il déclare, au contraire, qu'il y a toujours dans le gnostique le plus parfait, vivant en ce monde, une déchéance possible et un progrès à faire vers une perfection absolue qu'il
1 Strom. VI, 9, p. "Ï76.
s Ibid. VII, 3, p. 837-833.
3 Ibid. VII, 16, p. 890.
* Ibid. IV, 21, p. 623 : O'oS" é'uT«s ^Omh xé\ziOi h zupxt xXvjflstV L'tts'c t^v ïT&Offvjyo/sîscv TauTïjv •npoe&Yifiv h 7j;j.v.zpyJ.'j>'7<.; x'ju Clou. ' s Strom. VIL 7. p. 860.
n'obtiendra jamais et vers une perfection relative qu'il n'obtiendra que dans l'autre vie. La perfection absolue qui demeurera éternellement pour lui l'idéal irréalisable, quoique réellement subsistant, de la science et de la sainteté, c'est la perfection de Dieu lui-même, c'est ce qui en Dieu est inimitable et incommunicable, l'Etre divin et la plénitude de la vie divine. (Juant à la perfection relative (lui implique en effet l'anéantissement de toute concupiscence, de tout trouble de l'âme, de tout sentiment de crainte et de tristesse, de tout désir et de toute espérance, c'est la gnose consommée, c'est-à-dire la vision béatiiique. C'est la participation surnaturelle à la vie divine que Clément appelle le repos, l'héritage, le souverain bien de l'âme et sa fin dernière. Le chrétien est appelé à en jouir un jour puisque c'est sa destinée, mais il n'en jouira pas complètement en ce monde, puisque c'est sa fin.
L'apathie du gnostique de Clément laisse donc subsister la concupiscence. Car « le gnostique réprime et châtie sa « vue quand il sent qu'il s'élève un plaisir dans son re- (t gard1. 11 s'arme contre l'âme corporelle, c'est-à-dire « contre la sensibilité de l'âme, mettant un frein à l'esprit « irraisonnable qui se soulève contre le commandement « (de la raison), parce que la chair convoite contre Fes- « prit'2. Le gnostique croit que la tempérance et la justice « sont sa propre fonction, et que la religion, la piété et la « charité sont la fin de toute sa \ ie :K » Si donc ailleurs Clément affirme que le gnostique n'est plus à proprement parler tempérant, parce que la tempérance n'a plus en lui matière à exercice, qu'il n'est sujet à aucun désir ni à aucune passion, que son corps est mort, ci qu'il est divinisé
1 Strom. C//, |->. p, 8,77. - Ilnd. \ II, 12, p. 880.
•l V ni. /r, 20, p. 622.