LIVRE IV
en vertu de l'apathie, c'est qu'il ne veut point, dans le parfait chrétien, cette laborieuse tempérance qui précède l'habitude, qui, dit-il selon les sages, « n'est point la vertu des « dieux, mais des hommes, » c'est-à-dire n'est point la vertu des parfaits mais des faibles, aussi bien que la justice qu'il appelle humaine, « laquelle est bien au-dessous de la « sainteté qui est une justice divine l. » C'est comme s'il disait que le gnostique n'a point les vertus imparfaites, laborieuses, pénibles, et que nulle vertu n'est digne d'un gnostique si l'habitude n'en a ôté le faible des commencements. Mais il y a loin de là à l'absence complète de combat, à l'extinction ou même à la suspension de la concupiscence.
De mémo, lorsque Clément nous dit que son gnostique ne désire rien, ne craint rien, n'est ému de rien, il ne lui ôte pas tout désir et toute émotion de l'âme. Ce qu'il en exclut c'est l'amour et l'estime des choses fragiles et passagères de ce monde, et les agitations passionnées de crainte, d'espérance, de désir que ces choses soulèvent dans le cœur de l'homme. Et, en effet, il donne pour raison de cette insensibilité relative que celui qui est consommé en charité, et qui a goûté et goûte sans fin et sans satiété les ineffables délices de la contemplation, ne saurait trouver ni attrait ni plaisir dans les humbles et basses jouissances que donnent les choses de ce monde2. Le gnostique de Clément n'est donc pas réduit à cet état de torpeur dont parle saint Augustin : il agit, il croit, il espère, il prie, il aime, il contemple; mais toutes ses pensées comme toutes ses œuvres ont leur principe, leur règle et leur mobile dans la connaissance et la charité habituelles.
1 Strom. VI, 15, p. 803.
- Ibid. VIL 9, p. 777.
328 OLÉMENÏ D'ALEXANDRIE.
Mais ici les Quiétistes du \vnc siècle uni soulevé une nouvelle difficulté que nous devons résoudre, avant de tirer nos conclusions sur la nature de la perfection gnostique et les rapports de la morale de Clément avec la murale de Zenon. 11 s'agit de savoir comment le doGte alexandrin a compris la charité et la part qu'il lui a donnée dans le mérite des vertus chrétiennes.