CHAPITRE VIII
La Gnose et le Stoïcisme. — De l'Amour pur.
L'on sait que la question de la nature de la charité a été vivement débattue entre deux illustres évêques de France au xvne siècle. M. Gosselin, qui a analysé avec l'érudition et la clarté qui lui sont habituelles, cette importante controverse, est d'avis que le Quiétisme ne saurait être confondu avec la doctrine du pur amour de Fénelon, et que cette doctrine est précisément celle que le plus grand nombre des théologiens a toujours soutenue sur cette matière : u Fénelon, ajoute le savant et judicieux prêtre de Saint- « Sulpice, ne faisait qu'exprimer leur doctrine commune, « lorsqu'il disait en 1710, à M. de Ramsay : L'Eglise n'a « point condamné le pur amour en condamnant mon livre « (des Maximes) ; cette doctrine est enseignée dans toutes les « écoles catholiques ; mais les termes dont je m étais servi « n'étaient pas propres pour un ouvrage dogmatique. 11 est « donc permis aujourd'hui, comme avant la condamnation << du livre des Maximes, de soutenir non seulement la pos- « sibilité et l'obligation des actes de pur amour, mais encore « la possibilité d'un état habituel de pur amour, dans lequel « on aime habituellement Dieu pour lui-même, quoiqu'on y « produise de temps en temps des actes d'espérance et « des autres vertus distinguées de la charité. Cet état habi- « fuel n'est antre chose que l'habitude de la charité, que
3yo CLÉMEN r.D'ALEXANDRIK.
« les théologiens reconnaissent non-seulement possible, « mais réelle dans tous les fidèles en état de grâce. On « peut même aller plus loin, et admettre, en cette vie, « un état habituel de pur amour, dans lequel tous les « actes des autres vertus, môme les actes d'espérance, « sont produits par le commandement et par le motif de « la charité, ou de la plus grande gloire de Dieu. Tel « paraît être le sens naturel du XIIIe article d'Issy, auquel « Bossuet lui-même ne put s'empêcher de souscrire : & Dans la vie et V oraison la plus parfaite, tous les actes « des vertus chrétiennes sont unis dans la seule charité, « en tant quelle anime toutes les vertus et en commande « F exercice. L'erreur sur cette matière consisterait uni- « quement à croire qu'il est permis de faire des acte- de « pur amour, dans lesquels on renonce formellement au « désir de la béatitude; ou qu'il y a en cette vie un état « habituel de pur amour, dans lequel la crainte des châ- « timents et le désir des récompenses nonl plus de part 1 . »
Féneion invoquait à l'appui de sa théorie du pur amour l'enseignement de Clément d'Alexandrie ; et quoique Bossuet ait cherché à lui enlever cette autorité en interprétant la doctrine de notre docteur dans le sens de sou opinion particulière sur la charité, nous croyons que l'arche- \èque de Cambrai était fondé dans sa prétention.
Pour s'en convaincre , il suffit d'examiner ce que dit Clément, tant sur la nature que sur l*a< ;te <'( l'habitude de la charité.
Voici d'abord comment il s'exprime sur la nature de la charité : « Les hommes vraiment courageux ne supportenl « pas, comme les autres, de moindres maux pour en «'\ i er
t llisi. lui. de F melon.— Analyse de la Controv. du Quiétisme, art. III ^ l'r. p. 129.