‹ Clément d'AlexandrieChapitre 167 sur 226 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

« motifs dans F amour quelque pur qu'il soit : l'un est « l'excellence de la nature divine en elle-même; et « l'autre , en la supposant, d'y ajouter que cette parfaite « et excellente nature nous aime éternellement, ce qui « fait qu'elle nous crée, qu'elle nous rachète et qu'elle « nous rend heureux ; d'où il s'ensuit que l'objet total « de l'amour, même le plus pur, est Dieu comme ex- « cellent en lui-même et par là infiniment communicatif, « en sorte que séparer ces deux idées autrement que par « abstraction, comme nous l'avons dit souvent, c'est une « doctrine contraire à la piété, à toute la théologie et à « toute l'Ecriture sainte 1. »

Ce raisonnement ne nous semble pas décisif. Sans doute Dieu n'est pas seulement excellent en lui-même, mais encore infiniment communicatif, c'est-à-dire infiniment bon relativement à nous. Sans doute il est souverainement aimable à l'un et à l'autre titre. Mais là n'est pas la question. La question est de savoir quelle est la fin dernière que Dieu s'est proposée en nous créant, en nous rachetant, en nous rendant heureux. Évidemment cette fin n'est pas notre bonheur, mais sa gloire dans et par notre bonheur. Or, nous ne voyons pas ce qu'il peut y avoir de contraire à la piété, à la théologie et à toute l'Écriture sainte que le chrétien s'élève à cette perfection pratique de vouloir son bonheur éternel par le même motif que Dieu lui-même, c'est-à-dire uniquement parce que ce bonheur glorifie Dieu. Clément a cru, qu'à l'exemple et par la grâce du Rédempteur, le gnostique pouvait s'élever jusque-là, et nous ne voyons rien, ni dans la nature des choses, ni dans l'enseignement de l'Église, qui nous force d'abandonner son

' Cinquirme écrit... % 11.

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opinion. Bossuet lui-même, éclairé sans doute jtar sa discussion avec l'archevêque de Cambrai, a considérablement modifié ses propres idées en cette matière. «Telle est du moins, dit M. Gosselin, l'impression qui semble résulter de quelques passages de ses écrits postérieurs à la controverse du Quiétisme, et en particulier de l'admirable développement qu'il donne dans ses Élévations sur les mystères. au cantique des anges sur la naissance de Jésus-Christ : « Gloire à Dieu au plus haut des deux, et paix sur la tëtré « aux hommes de bonne volonté!,.. Ne nous réjouissons « pas de cette paix, à cause qu'elle se fait sentir à nous « dans nos cœurs, mais à cause qu'elle glorifie Dieu dans « le haut trône de sa gloire. Élevons-nous aux lieux hauts, « à la plus grande hauteur du trône de Dieu, pour le glo- « riiîêr en lui-même et n'aimer ce qu'il fait en nous que « par rapport à lui *. »

Il semble résulter de ces paroles que, selon Bossuet, le motif de la béatitude formelle peut être réellement exclu de certains actes de charité.

Quoi qu'il en soit de l'opinion définitive de Bossuet. la doctrine de Clément d'Alexandrie sur ce point h'esl pas douteuse. Non-seulement il soutenait la possibilité et !*<>bligationtdes actes de pur amour, rhais encore la possibilité d'un état habituel de charité parfaite dans lequel on aime habituellement Dieu pour lui-même, et on produit l< -s actes dvs autres vertus, même les actes d'espérance, par le commandement et par le motif de la charité, oii de la bonté absolue de Dieu. Nous en avons cité de nombreux témoignages, et il est inutile d* insister fjlus longtemps.

Il faut remarquer toutefois qu'en excluant de rameur

1 Elevai, mi les myst., 16' sem*, 9* élévation.

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