LIVRE IV. Ml
de Dieu et de la vertu parfaite le motif du plaisir et de l'intérêt propre, Clément ne prétendait pas que cet amour désintéressé ne fût pas essentiellement une jouissance pour l'homme. Gomme l'a remarqué Leibnitz, « l'amour d'au* « trui ne peut être séparé de notre véritable bien, ni « l'amour de Dieu de notre félicité ; mais il est également « certain que la considération de notre bien particulier, « distinguée du plaisir que nous goûtons à voir la félicité « d' autrui, n'entre pas dans l'amour pur, quoiqu'on ne « doive ni exclure ni rejeter cette considération1. »
C'est en ce sens que Clément déclare que les vrais biens sont les plus délectables et donnent d'eux-mêmes le fruit le plus désirable, c'est-à-dire la paix du cœur *2. La douceur de l'amour de Dieu est même, suivant lui, si vive, si profonde, que celui qui l'a une fois goûtée n'éprouve plus aucun attrait pour les misérables jouissances de cette terre 3.
Telle est la doctrine de Clément sur la charité, terme suprême des vertus et de la perfection gnostique. Nous pouvons maintenant apprécier dans son ensemble sa théorie morale et constater les différences profondes qui la distinguent essentiellement de la morale du Portique.
1 Leibnitz, cité par M. Grosselin.— Hist. litt. de Fénelon. — Controv. du Quiét., art. III, § Ier, v.
2 Strom. IV, <23, p. 632.
3 Ibid. VI, 9, p. 777.