‹ Clément d'AlexandrieChapitre 172 sur 226 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

thie chrétienne, toute la distance du suicide au martyre.

Mais, ici, se révèle une troisième différence entre la morale du Portique et celle de Clément. Dans la théorie stoïcienne, Dieu, aussi bien que la volonté, demeure étranger à la vertu humaine et au perfectionnement moral de l'homme.

Gomme nous l'avons établi, la raison de l'homme, pour les stoïciens, ce n'est pas seulement la vertu, c'est Dieu même ; imiter Dieu, c'est donc suivre sa propre nature et sa raison, c'est laisser agir l'émanation divine que chaque homme porte en soi.

Mais Dieu lui-même, qu' est-il dans la théorie stoïcienne? Dieu, comme dans tout système panthéiste, est une force aveugle et nécessaire, c'est le destin. « Or, le destin, con- « tinue Diogène Laërce, c'est l'enchaînement des causes « ou la raison suivant laquelle le monde est dirigé *. » Ainsi, vivre conformément à la raison, suivre Dieu, c'est, en ce qui concerne les événements extérieurs, se soumettre à une loi fatale, à une loi qui est la volonté nécessaire de Dieu, ou plutôt Dieu lui-même ; et, en ce qui concerne les mouvements de notre âme, c'est suivre une loi identique à la nature de notre âme elle-même 2.

De là découlent plusieurs conséquences. La première est la négation de la Providence proprement dite, de cette Providence dont Clément d'Alexandrie se montre, en toute rencontre, l'éloquent défenseur. Sans doute, le mot de Providence se trouve fréquemment dans les écrits des stoïciens. « Mais, dit M. Piobiou, outre que, logiquement, « il leur était impossible de débrouiller la confusion où « ils se jetaient, en accolant à ce dogme celui du destin ,

1 Diog. Laër., VIL 149.

* Sénèque, De Provid., 5 et 6. — Cf. Félix Kobiou, op. cit., p. 133.

« ils étaient assez embarrassés dans la pratique pour défi- « nir les relations de la Providence avec l'homme 4. »

Si le stoïcien Balbus dit, dans le traité De la nature des Dieux de Gicéron : « Ce n'est pas seulement au sort du « genre humain, c'est à celui de chaque homme que pré- « sident les dieux -, » il ajoute presque aussitôt : « Les « dieux s'occupent des grandes choses et négligent les « petites. Quant aux grands hommes, tout devient pour « eux prospère : nos philosophes l'ont assez démontré en a discourant sur les fruits et les avantages de la vertu 2. » Puisque, d'une part, les dieux sont dispensés de veiller aux intérêts particuliers du vulgaire, et que, d'autre part, le sage est heureux de sa propre sagesse, l'intervention divine dans les choses humaines est singulièrement restreinte, et le rôle de la Providence se borne à peu près à régir la nature matérielle. Au moins est-il certain que la Providence stoïcienne ne se mêle pas du progrès moral de l'homme, et qu'à cet égard la doctrine du Portique se résume dans la formule que Gicéron a donnée comme celle de l'ancienne philosophie, ou plutôt du monde païen : « Tous les hommes sont d'accord à reconnaître que les « biens extérieurs leur viennent des dieux ; mais, pour la « vertu, personne ne s'est jamais imaginé de la rapporter « à Dieu comme un don qu'il en eût reçu. . . Quel est « l'homme de bien qui jamais a rendu grâces aux dieux « de sa vertu?... C'est la croyance universelle qu'on doit « demander à Dieu la fortune et n'attendre la sagesse que « de soi 3. »

i Op. cit., p. 125.

2 De Nat. Deor., II, 66.

5 Ibid. III. 36 : Hoc quidem ofnnes mortales Kabênt : externat comme-dt-

tnlrs... a dits fa- liabcre : lurtutnn uutvm nemo unquatn acceptât» Deo retu- /«/... Quis, qitod bonus vir esset, gratins dus cgtt unquam .'... Juéicmm

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