‹ Clément d'AlexandrieChapitre 176 sur 226 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ce que la Gnose prend de la Foi.

« Parmi les erreurs répandues dans la société moderne « sur la nature et l'histoire du christianisme, dit M.er Gi- « noulhiac1, il n'en est pas de plus funeste que celle qui « représente sa doctrine dogmatique comme ayant été ori- « ginairement vague, imparfaite, et comme n'ayant ac- « quis que successivement et par de longs efforts un sens « distinct et une forme déterminée. Avoir cette idée de « l'origine et de la marche du dogme chrétien, c'est le « réduire à la condition des opinions humaines ; ce n'est « pas seulement amoindrir le christianisme, c'est le dé- « truire; c'est en effaçant le caractère divin de la foi, lui « ravir sa légitime autorité sur les âmes et la frapper « d'impuissance.

« Et cependant, il faut bien le dire, ce ne sont pas seu- « lement les ennemis avoués du christianisme qui se font et « propagent ces fausses idées sur la formation et l'histoire « de sa doctrine : des historiens, des publicistes qui pro-

t Hist. du dogme cathol. — Introd., p. lu

« fessent du respect pour ses croyances et de la reconnais- « sance pour ses bienfaits, se laissent aller à ce préjugé ; « et dans le sein du protestantisme se produisent, surtout « depuis soixante ans, des écrits nombreux et divers, dont « le but général est d'établir, à l'aide de considérations « philosophiques, flatteuses pour l'orgueil de la raison hu- « maine, et avec tout l'appareil de l'érudition, que la doc- « trine dogmatique de l'Église s'est formée peu à peu, à « travers bien des variations, sous l'influence de principes « et au moyen d'éléments étrangers. »

Clément d'Alexandrie est rangé par l'école rationaliste dont il est ici question au nombre des Pères qui auraient fait entrer dans la doctrine de l'Église des principes étrangers à la foi et des éléments empruntés aux systèmes philosophiques. Plusieurs critiques allemands se sont appliqués à établir que le gnose de Clément diiïérait essentiellement de la foi et pour le fond et pour la forme. Doehne en particulier soutient dans une dissertation que nous avons eu l'occasion de citer plusieurs fois que « bien que la gnose « de Clément repose sur le même fondement que la foi , « c'est-à-dire sur l'Écriture sainte et la tradition de l'É- « glise, néanmoins elle professe des dogmes qui lui sont « propres et puisés à des sources différentes de celles de « la foi; en un mot qu'elle n'est pas seulement la foi scien- « tifiquement expliquée, mais la foi augmentée de nou- « veaux dogmes1. »

La question est trop grave et entre trop naturellement dans le plan de cette étude sur Clément d'Alexandrie pour que nous cherchions à l'éluder.

Nous pourrions, il est vrai, sans compromettre la foi et

* DêrvwuClemenHaAleœ., p. GO.

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