LIVRE V
sans donner gain de cause au rationalisme, passer condamnation sur notre illustre docteur, et admettre qu'il est tombé, relativement aux rapports de la foi et de la science, dans l'erreur qu'on lui prête. Quelle que soit, en effet, l'autorité de ce Père, il n'est qu'un docteur particulier; sa doctrine ne peut être confondue avec celle de l'Église. Se fûtil trompé, on n'en pourrait pas conclure que l'Église a erré avec lui. Mais nous n'en sommes pas réduits à cette extrémité d'abandonner au rationalisme ou à l'hérésie le principal fondateur de la grande école chrétienne d'Alexandrie; et, malgré les doutes soulevés par la critique allemande, nous demeurons convaincu avec les hommes les plus éminents dans la science patristique, avec clom Le Nourry, Bossuet, Fénelon, Moehler, avec le célèbre Néander luimême que, sauf quelques idées singulières qui appartiennent encore plus au temps qu'à l'auteur, la gnose de Clément, telle du moins qu'elle nous est connue par ses écrits, ne contient rien qui ne puisse être interprété dans un sens catholique l.
Pour ce qui concerne en particulier la question des rapports de la foi avec la science, la doctrine de Clément nous semble absolument conforme à celle de saint Irénée et des Pères les plus orthodoxes.
Nous avons vu, en effet, que l'un des points sur lesquels le savant prêtre d'Alexandrie insiste avec le plus de force, c'est que la gnose, c'est-à-dire la science chrétienne, procède de la foi et lui demeure, même lorsqu'elle parvient à sa plus haute perfection, inséparablement unie. « La foi
i Depuis que le pape Benoît XIV a refusé d'insérer le nom de Clément dans le martyrologe romain, c'est-à-dire depuis 1748, quelques catholiques ont mis beaucoup de zèle à contester les vertus et l'orthodoxie du docteur alexandrin. Nous examinerons plus tard les raisons sur lesquelles ils se fondent, à propos des erreurs reprochées à Clément.
« et la gnose, dit-il, sont unies entre elles par une sorte de « lien divin1. »
En quoi consiste cette union et quelle est la nature de ce lien ? Cette union a trois caractères principaux et la gnose se rattache à la foi par trois liens indissolubles.
Le premier, c'est que la gnose est comme la foi un don divin, une grâce proprement dite. Son acquisition exige sans doute, dans l'ordre ordinaire, l'action libre de l'intelligence et de la volonté humaines, mais elle suppose aussi, comme cause efficiente, le concours de Dieu. « La doctrine « de la piété, dit Clément, est un don et la foi une grâce2. « La gnose est un don de la grâce de Dieu.... car il est « écrit : à celui qui a déjà il sera donné encore, à la foi la « gnose, à la gnose la charité, à la charité l'héritage 3. « L'homme spirituel, le vrai gnostique, est disciple du « Saint-Esprit, et c'est Dieu qui lui donne de comprendre « ce que c'est que le sens du Christ4. » Ce premier caractère est un de ceux qui distinguent, selon Clément, la gnose de la science humaine (compta) , laquelle peut s'acquérir par l'enseignement des hommes sans autre concours de Dieu que celui qu'il prête à tous nos actes dans l'ordre de la nature 5.
Considérée dans son principe, la gnose est donc comme la foi un don surnaturel de Dieu. Après tout ce que nous avons dit dans les deux livres précédents ce point de la doctrine de Clément est au-dessus de toute contestation.
Mais ce qu'il s'agit plus particulièrement d'établir, c'est que la gnose emprunte à la foi son objet, c'est-à-dire les
i Strom.11,4, p. 436.
2 Thid. 7,7, p. 338.
3 Ibid. VII, 10, 1-. Ni;;,.
a Ibid. V, 4, p. 659.
I tbid. VU, 10, p. 864.