LIVRE V
vérités dogmatiques, les principes dont elle cherche l'intelligence, la liaison et les conséquences, et qu'elle en reçoit en même temps la règle de son développement.
Or ces deux derniers rapports de la gnose avec la foi, Clément ne les définit pas d'une manière moins explicite que le premier.
Il enseigne clairement d'abord que c'est à la foi objective, c'est-à-dire à la révélation surnaturelle que la gnose emprunte son propre objet, c'est-à-dire les dogmes, les vérités , les principes qu'elle cherche à comprendre et à expliquer. Il se fonde sur ce principe, que le divin auteur de la foi étant la vérité même, la révélation, qui est son expression théorique et pratique, contient ellemême toute vérité et toute vertu. C'est en ce sens qu'il s'écrie : « Depuis que Jésus-Christ est venu nous instruire, « nous n'avons plus besoin d'écoles humaines : ce docteur « nous enseigne tout: par lui, la terre est devenue Athènes « et la Grèce \ La doctrine du Sauveur est parfaite par elle- « même ; rien ne peut y être ajouté, parce que rien n'y « manque, puisqu'elle est Impuissance et la sagesse de Dieu. « La philosophie grecque, en s'unissant à la foi, ne rend « donc pas la vérité plus puissante ; mais, comme elle ôte « toute force aux raisonnements des sophistes, et déjoue « les embûches et les ruses de l'erreur, on l'a appelée à « juste titre le fossé et la haie qui protègent la vigne 2. »
Par ces paroles, Clément exclut évidemment tout développement interne et réel, tout progrès substantiel dans la doctrine révélée, et par conséquent tout emprunt dogmatique fait à une source étrangère à la révélation. La gnose ne pouvait donc être à ses yeux que la révélation
i Cohort.' ch. II, p. 86.
* Strom. I, 20, p. 377.
môme, parfaitement connue et pratiquée. Voilà pourquoi, pour lui comme pour saint lrénée, les apôtres, sans autre science que celle de la doctrine révélée, furent de parfaits gnostiques 1.
Ce n'est pas tout : non-seulement la gnose a le môme
objet que la foi, et lui demeure unie comme à sa base,
comme à son principe essentiel, mais de plus elle trouve
dans la révélation ou dans le symbole sa règle immédiate
et nécessaire. « Nous savons, dit Clément, que la meilleure
« des recherches est celle qui prenant la foi pour règle
« élève, sur le fondement de la foi, le splendide et magni-
« fique édifice de la gnose "2. »
En vertu de ce principe, la vraie gnose ne professe rien qui ne soit conforme à la foi, ou, en d'autres terme-, à la révélation divine, contenue dans l'Écriture sainte et la Tradition, et interprétée par l'Église.
« Nous avons, dit notre illustre docteur, pour principe « de notre doctrine, le Seigneur lui-même, qui nous ayant « parlé en diverses rencontres et de diverses manières 3 par « les prophètes, par l'Évangile et par les bienheureux « apôtres, nous conduit de l'origine au terme de la con- « naissance. Si l'on voulait chercher ce principe ailleurs, « il cesserait d'être un principe. C'est pourquoi celui qui « est dans la foi mérite à son tour qu'on le croie lorsqu'il « se fonde sur l'Écriture et sur la parole du Seigneur, qui « travaille par son ministère au salut du genre humain. « La foi nous sert de règle pour décider toutes les questions
i De omnibus adimpleti sunt (Apostoli), dit saint lrénée, (liv. III, ch. 1, n° 1), et habucrunt perf'ectam cognitiouem. — Tertullien dit à son tour, dans un passage que nous avons cité : « Nobis curiositate oput non 8ii post Cliristum Jesum , neque inquisitions post Evangelium : eum credimut, nihU de&ideranvus ultra oredere ; hoc emm prius errdimus, quod ni\ ultru ait quod oredere debeamus. (De Prœscript., c. vin.)
2 Strom. V, l, p. 64<i.
3 Hcbnv. II.