LIVRE V
la vérité. « Telle est. dit-il, la nature humaine: nous in- « clinons plus volontiers l'oreille aux choses de l'opinion, « quelque contradictoires qu'elles puissent être, qu'à la « vérité elle-même, parce que la vérité est grave et aus- « tère1. »
Nous pourrions nous en tenir à ce simple exposé des règles auxquelles Clément soumet l'interprète des Écritures pour montrer que le docteur alexandrin n'a pu chercher, comme on le prétend, à affranchir la pensée philosophique des entraves de la parole révélée. Si, en effet, ces règles ont un objet, si elles accusent une préoccupation dans celui qui les a tracées, ce n'est assurément pas celle de soustraire, mais au contraire de soumettre et de subordonner le sens privé au sens divin des Écritures. Aussi elles ont paru si précieuses, si sages, si conformes au bon sens et à la foi, que les commentateurs catholiques qui ont traité la même matière après Clément n'ont eu qu'à le suivre et à le répéter 2.
Mais allons plus loin, et voyons, dans le détail, les textes sur lesquels se fonde l'opinion des critiques que nous combattons.
Notre auteur distingue, il est vrai, avec tous les Pères de l'Église, deux sens dans l'Écriture sainte tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, le sens littéral et le sens figuré; et il prouve cette distinction par l'Écriture ellemême. « Nous trouvons, dit-il, dans les psaumes une « preuve évidente que l'Écriture entière a un sens àllégo- « rique ; car il y est dit : Ecoutez ma loi, ô mon peuple, « prêtez l'oreille aux paroles de ma bouche. Je vous par- « levai en paraboles, je vous parlerai en énigmes de ce qui
1 Strom. VII, 10, p. 894.
8 Voir Menochius, Proleg, in sacr. script., cap. xxi.
« s'est fait dès le commencement du monde. Le grand Apô- « tre dit aussi dans le même sens : Nous prêchons la sa-
« gesse aux parfaits, non pas la sagesse de ce monde
« mais la sagesse de Dieu, renfermée dans le mystère, sa- « gesse cachée quil avait prédestinée avant tous les siècles « pour notre gloire1. »
Clément interprète dans le même sens ces paroles de Jésus-Christ à ses apôtres : Ce qui vous est dit à F oreille, prêchez- le sur les toits ; puis il ajoute : « Les prophètes, en « effet, et le Christ lui-même n'ont pas révélé les mystères « divins avec une clarté qui les rendît compréhensibles « pour tous, mais le Sauveur a parlé en paraboles. Les « apôtres disent aussi que le Seigneur enseignait toutes « choses en paraboles et qu'il ne parlait qtien figure. Or si « toutes choses ont été faites par lui et rien n'a été t'ait « sans lui, il s'ensuit que la prophétie et la loi sont aussi « son œuvre et ont été données d'une manière allégori- « que 2. »
Clément distingue, conformément à ce principe, deux sens dans les livres de la loi mosaïque : le sens naturel et le sens allégorique, et il divise ce dernier en sens mystique, moral et prophétique 3.
Pour ce qui regarde plus spécialement l'interprétai ion du Nouveau-Testament, le docteur alexandrin en parle en ces termes :
a Sachant, à n'en pouvoir douter, que la parole du « Sauveur ne peut être regardée comme une parole hu- « maine, mais qu'il a instruit de toutes choses ses disciples « avec une divine et mystérieuse sagesse ; nous ne devons
i Strom F, 4, p. G59.
* Vnd. VI, 15, p. 802 s,,.
3 Ibid. I, Ï8, p. 420.