LIVRE V
« pas entendre ses discours d'une façon charnelle {<j%p~ « kixwç), mais en approfondir le sens caché par une re- « cherche qui en soit digne, et avec toute la pénétration « dont notre esprit est capable... C'est pour nous un de- « voir, non d'entendre la parole divine d'une manière su- « perficielle, mnis d'appliquer notre intelligence à l'esprit « même du Sauveur et au sens caché de sa pensée *. »
Enfin, les apôtres eux-mêmes, suivant l'exemple de leur
maître, ont aussi enseigné en paraboles les mystères du '
royaume de Dieu. « A leur tour, dit Clément, les disciples
« du Christ qui ont prêché l'Évangile, après que leur
« Maître eut quitté cette terre, ont employé un langage
« parabolique 2. »
Il y a donc dans l'Écriture, suivant le docteur alexandrin, un double sens, l'un qu'exprime la lettre, considérée en elle-même et dans la signification que lui donne l'usage commun ; l'autre, plus profond, tout divin, et caché sous l'écorce des mots qui en sont les symboles, les signes, plutôt que l'expression rigoureuse. Suivant la comparaison de Clément, le premier sens est comme le corps des Écritures, et le second en est comme l'âme et l'esprit. Comparant la divine parole à Moïse, vu par Josué sous une double forme, il ajoute : « Les uns voient le corps des Écritures, « à savoir les phrases et les mots, c'est-à-dire le Moïse « corporel ; les autres pénètrent les pensées et les choses « qui sont exprimées par les mots, c'est-à-dire le Moïse « conversant avec les anges 3. »
Par sa nature même, le sens figuré n'est pas aussi facile à saisir et à comprendre que le sens littéral. « L'Écriture,
1 Ctuis dives salvet, c. v, p. 938. 939. » Strom. VI, 15, p. 804.
3 Ibid. VI, 15, p. 809.
« dit Clément, est claire pour tout le inonde, si on la « prend dans le sens littéral, lequel produit la foi du sim- « pie fidèle... Mais l'interprétation figurée suppose une loi « perfectionnée et produit la gnose 1. »
Mais, ici, s'offrait au docteur alexandrin une difficulté d'autant plus grave qu'elle semblait plus contraire à principes sur l'universalité du christianisme, et la vocation de tous les hommes à jouir de sa lumière et de ses bienfaits. Pourquoi, pouvait-on lui dire, la parole de Dieu, qui semblerait devoir être si claire, si manifeste pour tous, estelle, au contraire, enveloppée de figures et de voiles, qui en cachent le sens au plus grand nombre ? Pourquoi la \ érité divine ne se découvre-t-elle qu'au prix d'une préparation et d'études dont la plupart des hommes ne sont pas capables?
Clément n'élude pas cette difficulté, il l'aborde franchement, et voici comment il y répond. Conformément à ces paroles de Jésus-Christ à ses apôtres, il n'est pas donne a tous de connaître les mystères du royaume de Dieu, le docteur alexandrin enseigne que si la foi, condition du salut. est accessible à tous, il n'en est pas de même de la science de la foi, c'est-à-dire de la gnose 2. « Parce que, dit-il, la « vérité gnostique n'est pas pour tous, la prophétie voile « la vérité de plusieurs manières et ne fait briller la lu- « mière qu'aux yeux de ceux qui, ('tant initiés à la gnos « cherchent par amour la vérité. »
Clément trouve et donne d'autres raisons de l'obscurité
des livres sacrés. « L'Écriture, dit-il, parle d'une manière
« voilée, pour plusieurs raisons. Ces! d'abord a lin de
« nous exciter à mettre toute notre attention et tous nos
i Strom. VI . IV ]>. 806.
' Ibid. VI, 15j p. 807 : M/, TiV.j-w tïvoci rijv '/vSivir,