‹ Clément d'AlexandrieChapitre 187 sur 226 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

« soins à l'intelligence de la doctrine du salut. Do plus, il « n'était pas à propos que tous eu comprissent le sens « caché; car il aurait été nuisible à ceux qui auraient « abusé des paroles de l'Esprit saint. Voilà pourquoi les « saints mystères des prophéties ont été réservés, sous le « voile des paraboles, pour les élus et pour les fidèles « destinés à la gnose... Enfin l'usage des paraboles re- « montant, comme nous l'avons montré, à la plus haute « antiquité, les prophètes les ont employées fréquemment, « le Saint-Esprit voulant montrer que les philosophes « grecs, aussi bien que les sages d'entre les barbares, « n'avaient connu à l'avance ni la venue du Seigneur, ni « sa divine doctrine. Ce n'est donc pas sans raison que la « prophétie qui a pour objet d'annoncer le Seigneur, « énonce, sous des termes à double entente, des vérités « qui, étant contraires aux opinions d'un grand nombre, « auraient semblé à plusieurs des blasphèmes. Et de fait, « malgré cette obscurité de langage, tous les prophètes « qui ont annoncé l'avènement du Seigneur et les saints « mystères de sa vie, ont souffert la persécution, ont été « livrés à la mort, aussi bien que le Sauveur lui-même « qui leur a expliqué les Écritures J . »

Il est facile maintenant de comprendre pourquoi Clément attache une si grande importance à l'interprétation du sens ligure des Ecritures, et pourquoi lui-même, à l'exemple d'ailleurs des plus anciens et des plus illustres Pères de l'Église, s'y est livré avec tant d'ardeur. Ce n'est pas qu'il méconnût la légitimité et la nécessité du sens littéral. Guerike, quelque peu favorable qu'il soit à la méthode herméneutique de Clément, ne peut s'empêcher de le recon-

1 titrom. VL 15, p. 803 et 804.

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naître J. Mais, tout en regardant le sens littéral comme le fondement et le point de départ du sens figuré, il est vrai de dire que c'est à la recherche et à l'interprétation de ce dernier sens que le docteur alexandrin réduisait à peu près toute la science de l'herméneutique sacrée. ]1 était convaincu que le sens littéral n'offrait aucune difficulté, et qu'il était clair et intelligible même pour les esprits les plus ordinaires et les moins cultivés. L'Écriture, sous ce rapport, n'avait donc pas besoin de longues explications, ni de savants commentaires. Le sens figuré au contraire, doublement obscur et par sa nature et par l'intention de l'Esprit saint, exigeait, pour être compris et interprété, plus d'application et de science. 11 se rattachait d'ailleurs aux mystères les plus hauts de la religion chrétienne, et avait avec la gnose une liaison intime et nécessaire. Clément, dont le dessein principal était d'opposer la véritable gnose à la Gnose hérétique, devait s'appliquer d'une manière toute particulière à l'interprétation figurée. Jl le fit d'autant plus volontiers, que c'était la pente générale des esprits au temps où il vivait, et qu'il y était porté lui-même par l'inclination de son propre génie. Son admiration poulies commentaires de Philon sur l'Ancien Testament, admiration que partagèrent du reste la plupart des Pères de l'Église, l'entraîna h imiter quelquefois, dans la pratique, les interprétations forcées et arbitraires du Juif alexandrin. Mais si Clément peut prêter le flanc à la critique par la manière dont il a interprété certains passages de l'Ecriture sainte, il faut l'attribuer, nous le répétons, aux influences du milieu dans lequel il vécut, et non à ses principes d'herméneutique, qui nous paraissent aussi sages que conformes

l Griierikej Dr schohv Alex, catech. Theologia, p. 5.

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