‹ Clément d'AlexandrieChapitre 188 sur 226 · LIVRE V. 3S · texte numérisé non relu

LIVRE V. 3S

à renseignement commun des docteurs catholiques. Il a posé d'une main sure et ferme les règles propres à redresser ses propres erreurs, et en insistant, comme il Fa fait, sur la nécessité de se conformer à la tradition vivante de l'Église pour déterminer le vrai sens des divines Ecritures, il a tracé la véritable ligne de démarcation qui a séparé, sépare et séparera, dans tous les temps, l'hérésie de la vérité catholique. Après cela, nous ne voyons pas comment l'interprétation figurée , telle que l'a entendue le docleur alexandrin, pourrait être une porte ouverte à l'examen privé et à l'indépendance de la raison philosophique. Il n'en serait ainsi que dans l'hypothèse où Clément aurait placé l'interprétation figurée au-dessus de l'autorité de l'Église et en dehors du contrôle de la tradition. Mais, comme l'établissent les textes que nous avons cités, loin de favoriser cette erreur, il déclare aircontraire, à plusieurs reprises, que ceux qui rejettent du pied la tradition de V Église, dans l'interprétation de l'Écriture sainte, rejettent la règle de ta vérité tracée par la vérité elle-même, et tombent nécessairement dans les plus graves erreurs1 ; que ceux-là seulement possèdent le vrai sens de la parole de Dieu qui s'attachent à ï explication divine des Ecritures, telle qu'ils l'ont reçue de la règle de l'Eglise^; que c'est une témérit et une présomption coupables de prétendre à une sagesse supérieure à celle des apôtres et de leurs successeurs, au lieu d'apprendre d'eux ce qu'ils nous ont transmis ; enfin, que le vrai gnostique est celui qui maintient fermement la règle de foi des apôtres et de l'Eglise 3...

Il ]%ous semble établi et hors de toute contestation que

1 Strom. VIL 16, p. 890.

- Ibid. VI. ].">. p. 80:-!.

"J Ibid. VI, 16. p. 896.

38g CLÉMENT D'ALEXANDRIE.

les principes de Clément en matière d'interprétation, quelle que soit d'ailleurs la manière dont il les a appliqués pour son propre compte, n'ont rien qui ne soit parfaitement conforme à l'enseignement commun des Pères et des docteurs catholiques. Il est évident que, suivant ces principes, l'interprète doit soumettre son sens privé et ses idées par ticulières à l'enseignement traditionnel de l'Église ; et c'est là, nous le répétons, la ligne de démarcation qui sépare l'hérésie de l'orthodoxie.

Mais ici on nous oppose une difficulté nouvelle. Clément, dit-on, a soumis, il est vrai, l'interprétation de l'Ecriture à la tradition de l'Église. Mais il a distingué dans l'Église une double tradition, la tradition ecclésiastique proprement dite et la tradition gnostique : la première commune à tous les fidèles, enseignée à tous ; la seconde, réservée à un petit nombre de privilégiés, seuls capables de la recevoir. Or si cette seconde tradition, dans la pensée de Clément, est substantiellement distincte de la première, si elle contient des dogmes que la tradition ecclésiastique ne possède pas, il s'en suit évidemment que la gnose ne dérive pas uniquement de la foi et de la tradition ecclésiastique, mais qu'elle puise ailleurs et en dehors ses principes de formation.— Telle est la difficulté. Quelle en est la. valeur?

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