‹ Clément d'AlexandrieChapitre 189 sur 226 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Rapport de la Gnose avec la Tradition.

Nous avons produit dans les chapitres précédents plusieurs passages des Stromates qui établissent l'autorité divine de la tradition de l'Église et sa liaison intime et réelle avec l'Écriture.

L'Écriture, dans l'enseignement de Clément comme dans celui de tous les Pères, ne fait que partie de la doctrine révélée ; ce qui fait le corps universel de cette doctrine et le fondement principal du christianisme, c'est la tradition , parce que cette tradition est la plénitude de la connaissance chrétienne, qui comprend dans son étendue, avec l'Écriture même et avec sa droite interprétation, tous les dogmes écrits et non écrits. C'est cette tradition toujours vive dans l'Église qui en fait, dit Bossuet1, la règle immuable ; c'est la loi du Nouveau Testament écrite dans les cœurs : c'est par elle que toute hérésie se trouve confondue avant qu'on ait ouvert l'Écriture pour la convaincre; c'est par là que les bonnes mœurs, comme la bonne doctrine, sont soutenues ; ce qui fait dire à Clément que la vie du gnostique, du chrétien spirituel, n'est autre chose que des actions et des paroles, des œuvres et une doctrine qui suive la tradition du Seigneur.

1 Tradition des nouveaux mystiques, oh. xvt. sect. 8.

383 CLÉMENT DALEXANDRTE.

Il résulte (]o cette notion de la tradition qu'on no pont la mépriser ou la méconnaître sans perdre la foi et sans tomber dans l'hérésie, et que par conséquent le gnostique s'y doit soumettre comme le simple fidèle. Tous les interprètes de Clément que nous avons pu consulter s'accordent à reconnaître que tel est en efïet l'enseignement du savant catéchiste d'Alexandrie.

La question des rapports de la gnose avec la tradition serait donc résolue si Clément ne reconnaissait qu'une espèce de tradition. Mais quelques critiques, tels que Guerike et Doehne ont pensé que, outre la tradition ecclésiastique ou commune, dont la connaissance était nécessaire à tous les chrétiens, Clément admettait l'existence d'une autre tradition mystérieuse, ignorée de la foule, et transmise à quelques disciples seulement et à leurs successeurs par les apôtres, qui l'avaient reçue immédiatement de Jésus-Christ. Cette opinion produite pour la première fois. que nous sachions, au xvnc siècle dans la controverse du Quiétisme, et combattue avec une grande vigueur par Bossuet |, se fonde sur certains passages des Stromatcs où Clément semble distinguer, comme saint Denys, deux espèces d'enseignement dans l'Église : un enseignement extérieur commun à tous les fidèles, et un enseignement intérieur réservé aux initiés ou gnostiques.

Citons d'abord ses propres paroles :

« La gnose, dit-il, est la sagesse, si par sagesse now> «> entendons le Christ et l'enseignement qu'il nous a donné « soit par les prophètes, soit par Lui-même, en instruisant « les apôtres, et duquel dérive comme de sa source la « tradition gnostique (yv«orixA nopa&aiç).... La glKM

1 Tradition des nouveaux mystiques ch. xvi «m kvii.

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