‹ Clément d'AlexandrieChapitre 192 sur 226 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

« présentes et futures1. » Or, c'est évidemment l'économie de la Rédemption qu'il faut entendre ici par ces choses passées, présentes et futures dont la philosophie ne peut donner la connaissance. L'avènement de Jésus-Christ et l'établissement de l'Église, voilà ce qui est présent ; les prédictions et les figures, voilà le passé ; les promesses et les récompenses, voilà le futur. Et tout cela, qu'est-ce autre chose, sous le nom de tradition gnostique, que tout le corps de la doctrine chrétienne, c'est-à-dire l'objet même de la foi et de la tradition commune? La tradition gnostique ne comprend donc pas des dogmes qui lui soient réservés et qui lui viennent de sources autres que la foi.

Nous en trouvons une preuve nouvelle dans un autre passage où Clément, commentant l' Epître aux Romains, dit que la tradition gnostique était un don spirituel qui ne se communiquait qu'en présence et qu'on ne pouvait pas donner par une épître. Or, cette tradition gnostique était-ce quelque dogme particulier, inconnu au commun des chrétiens et étranger au symbole de la foi? Non. C'était, selon les termes de Clément en ce lieu, « la plénitude de Jésus- « Christ que saint Paul désirait de leur expliquer de vive <( voix, les appelant à Jésus-Christ par la prédication du « mystère qui avait été tenu caché dans tous les siècles « précédents, mais qui maintenant était découvert par les « Écritures prophétiques pour en établir la connaissance « dans tous les Gentils, selon le commandement du Dieu « éternel 2. » Évidemment toutes ces paroles sont choisies pour exprimer non pas des dogmes particuliers, mais le fond commun de la doctrine chrétienne.

1 Strom. VI, 7. p. 771.

2 Tbid. T\ 10, p. 6«",. Cl\ Jlom. XV, 25 et 2G.

Mais il nous reste à produire une preuve plus péremptoire encore s'il est possible.

11 se trouve que Clément a eu à combattre dans les hérétiques de son temps la prétention qu'on lui prête relativement à une tradition gnostique, essentiellement différente de la tradition commune de l'Église. Nous savons par saint lrénée, et Clément nous apprend lui-même que les hérésiarques des premiers siècles se glorifiaient de tenir, par tradition, des apôtres une doctrine secrète, et la connaissance de mystères ignorés des fidèles et de l'Église elle-même. « Professant, dit saint lrénée, une doctrine que « les prophètes n'ont pas prêchée, que le Christ n'a pas a enseignée, que les apôtres n'ont pas transmise, les héré- « tiques se glorifient d'avoir, seuls d'entre les hommes. « la science de tous les mystères puisée, prétendent-ils, « dans une tradition non écrite, et ils trafiquent ainsi de « leurs rêveries en les faisant passer pour la doctrine du « Christ et des apôtres *. »

Parmi les Gnostiques qui eurent recours à cette prétendue tradition secrète pour établir l'origine apostolique de leurs erreurs, Clément nomme Basilide, Valentin et Marcion, qui se disaient disciples de saint Mathieu, de Glaucias, interprète de saint Pierre, et de Théodade, ami de saint Paul ; et voici le raisonnement que leur oppose l<i docteur alexandrin : « Il est inutile de démontrer longue- « ment que les hérétiques n'ont formé leurs associations « purement humaines qu'après le commencement de II'- « glise catholique. Le ministère du Seigneur, lorsqu'il « parut sur la terre, commença sous Auguste et se 1er* « mina sous Tibère ; mais la prédication des apôtres, >

1 Advers, }i;n ., I, eh. vin, ^ I .

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