LIVRE V
« compris saint Paul, se prolongea jusque sous Néron. Ce « ne fut que plus tard, sous l'empereur Adrien et au temps « d'Antonin le Pieux, qu'apparurent les chefs des héré- « sies, tels que Basilide, Valentin, Marcion, quoiqu'ils se « glorifient d'avoir été, le premier, disciple de Glaucias , « interprète de Pierre; le second, de Théodade, ami de a Paul... Puisqu'il en est ainsi, il est clair que ces sectes « qui se sont séparées de l'Église antique et véritable, et « celles qui plus tard encore sont dérivées de celles-là, « ne se sont formées que par esprit d'innovation et doivent « être regardées comme autant de caricatures de l'Eglise. « D'après cela, il me paraît prouvé que la véritable Eglise « est une, que c'est celle qui existe depuis l'origine et « celle à laquelle appartiennent les justes, conformément « aux décrets éternels de Dieu. Car, comme il n'y a qu'un « Dieu et un Seigneur, cette vénérable Église met aussi « sa gloire à être unique, parce qu'elle est l'image du « Principe unique. Cette Église une, que les hérésies s'ef- « forcent de déchirer, participe à la nature de cet Etre « unique. C'est pour cela que nous soutenons que l'antique a Église catholique est une quant à la substance, quant à « l'idée, quant à l'origine et quant au rang ; qu'elle est « une, et que dans l'unité de sa foi, procédant de ses « deux Testaments, ou, pour mieux dire, de son Testament « unique, donné en des temps différents, elle réunit d'a- « près la volonté du seul Dieu, par le seul Seigneur, ceux « que Dieu a prédestinés, parce qu'il a prévu, dès avant « l'origine du monde, qu'ils seraient justes. D'ailleurs la « prééminence de l'Église ainsi que le principe sur lequel « elle est fondée peuvent se dire uniques, puisqu'elle sur- « passe toutes choses, que rien ne lui est égal ou sem- « blable... Quant aux hérétiques; au contraire, les uns
« prennent le nom de leurs fondateurs, Valentin, Mareion, « Basilide, quoiqu'ils se glorifient de suivre la doctrine de « saint Mathieu, tandis que du côté des apôtres, comme il « n'y avait qu'une seule doctrine, il n'y a aussi qu'une « seule tradition ; d'autres, le nom du lieu où ils ont pris « naissance, comme les Pératiciens, ou bien du pays, « comme les Phrygiens 1... »
Ce passage, que nous avons cru devoir rapporter tout entier malgré sa longueur, nous semble établir d'une manière péremptoire que la tradition gnostique de Clément, supposé qu'elle fut distincte de la tradition commune, n'en était pas essentiellement différente. Quel est en effet le raisonnement qu'il emploie ici contre les faux Gnostiques? Vous vous glorifiez, leur dit-il, d'être en possession de la vérité et de la tenir des apôtres, de former par conséquent la véritable Eglise fondée par Jésus-Christ. Cela n'est pas et ne peut être. La véritable Église est plus ancienne que vous : les apôtres l'avaient établie, quand vous avez commencé à dogmatiser : la véritable Eglise doit être apostolique, vos sectes ne le sont pas. Vous prétendez, ii est vrai, descendre des apôtres, et pour établir cette généalogie, vous vous appuyez sur certaines traditions secrètes qu'ils vous auraient transmises. Mais, d'une part, les noms que vous portez protestent contre cette supposition, et. d'autre paît, la véritable Eglise, 1" Eglise apostolique est une comme son principe qui est Dieu : elle est une dans sa substance, comme dans sa foi : il ne peu! donc y avoir dans son sein doctrine et doctrine, tradition et tradition : « De même que « les apôtres n'ont eu tous qu'une seule el même doc-
1 Simm. VU. 17, p, Rfl9,