‹ Clément d'AlexandrieChapitre 194 sur 226 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

« trine, il ne peut y avoir aussi qu'une seule et même tra- « ditiou '.

Rien de plus décisif que ce langage. L'unité d'enseignement dans les apôtres entraîne nécessairement l'unité de tradition dans l'Église. Clément d'Alexandrie, qui oppose ce principe aux hérétiques, n'a pu le méconnaître pour son propre compte, ni admettre, comme le prétend Doehne2, une tradition secrète, essentiellement différente de la tradition ecclésiastique et initiant le gnostique à des dogmes réservés, non contenus dans le symbole commun de l'Église. En distinguant la tradition gnostique de la tradition commune, le docteur alexandrin a mis entre elles une différence qui affectait non le fond, mais la forme de la doctrine révélée. Dans sa pensée, la tradition gnostique est l'explication plus approfondie, ou, si l'on veut, le commentaire scientifique du symbole, exposé d'une manière plus élémentaire par la tradition commune. C'est la science de la foi transmise oralement dans l'Église et donnant une intelligence plus haute des mystères révélés. Voilà pourquoi il en fait le partage du petit nombre ; et s'il insiste sur la nécessité de ne pas divulguer cette tradition gnostique, c'est, comme il le remarque lui-même, parce que tous ne sont pas capables de la porter.

Dans tous les cas, et quelle que soit l'opinion qu'on adopte à cet égard, il est incontestable que la tradition gnostique de Clément ne ressemble en rien aux traditions dont se glorifiaient les hérétiques. Ceux-ci mettaient leurs traditions au-dessus de l'autorité de l'Église et les opposaient à son enseignement. Ils essayaient ainsi de pénétrer dans

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- De rvwact, p. 65.

l'Église, comme le leur reproche Clément, à l'aide d'une fausse clef, ou bien d'en forcer les portes et d'en briser les murailles l. La tradition gnostique de Clément est au contraire la tradition même de l'Église. Elle remonte à Jésus- Christ par les apôtres et leurssuccesseurs, et c'est l'Eglise qui en conserve le dépôt et la transmission. Ainsi non-seulement le gnostique de Clément se forme dans l'Église, mais il lui demeure toujours soumis comme le simple fidèle, parce qu'étant juge et gardienne de la foi, l'Église est nécessairement juge de la gnose, perfection de la foi. En un mot qui résume toute cette discussion, la gnose du docteur alexandrin est une gnose ecclésiastique, comme il le dit luimême2, et c'est là le caractère qui la distingue essentiellement de la gnose hérétique.

Nous venons de déterminer les rapports de la gnose avec la foi, l'Écriture et la tradition, c'est-à-dire avec la révélation et l'enseignement divin. Mais la gnose n'est pas une science purement divine : la raison intervient aussi clans sa formation. Nous ne pouvons donc nous former une idée complète de la théorie gnostique de Clément et porter un jugement définitif sur son œuvre avant d'avoir examiné cet autre côté de la question, c'est-à-dire les rapports de la gnose avec la philosophie.

I Strovi. VII, 17, p. 897.

*" Ibid. VII, 16, p. 892 : T« TijS -/voiiews Xrji iz/Jr^tusTUr,-; fAUQn/ipw.

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