LIVRE V
Là parole de Dieu nous sert de critérium pour trouver la vérité 1.
Mais il est nécessaire que la parole de Dieu soit interprétée conformément à la tradition de l'Église, au canon ecclésiastique 2. Car, dit Clément, il a cessé d'être le disciple de Dieu et le fidèle du Seigneur, celui qui s'est révolté contre la tradition de l'Église pour suivre les opinions des hérésies humaines 3.
Tel est le point de départ, la base et en même temps la règle de l'éclectisme de Clément. Ce point de départ, ce principe n'est ni le platonisme , ni le stoïcisme, ni tout autre système humain ; c'est la doctrine révélée, interprétée conformément à la tradition, c'est-à-dire le symbole.
Mais il ne suffit pas d'avoir sous la main un principe, une règle propre à discerner le vrai du faux dans les systèmes philosophiques. Il faut, de plus, pour en faire l'application sans danger d'erreur, premièrement connaître parfaitement ce principe ; secondement avoir étudié à fond les divers systèmes que l'on doit juger, et par conséquent la philosophie. Aussi, selon Clément, l'éclectique doit être armé du double instrument de la science divine et humaine.
La foi simple ne suffit pas à l'éclectique. « Celui, dit-il, « qui rapporte tout à la vertu, et qui, prenant ses exemples « chez les Grecs et chez les barbares, recherche partout « avec ardeur la vérité ; celui qui possède de nombreuses « connaissances, en un mot le g?iosliqve, est seul capable, « comme la pierre de touche de Lydie, de discerner l'or « pur du clinquant, la sophistique de la philosophie, la
i ïtrom. VII, 10, p. 890.
* Ibid. VI. 15, p. 803.
3 Ibid. VII, 10, p. 890.
4iO CLÉMENT D'ALEXANDRIE.
« cuisine de la médecine, la rhétorique de la dialectique, « et même les hérésies qui se trouvent dans la philosophie « barbare de la pure vérité K »
Il faut à l'éclectique une vaste érudition et la connaissance approfondie des systèmes philosophiques. « Ils n'ont « pas le droit, dit Clément, de condamner les Grecs, ceux « qui ne connaissent de leurs doctrines que les mots qui « les expriment. Ils doivent auparavant les étudier et les « comprendre par un examen détaillé et approfondi. La « réfutation digne de confiance est celle-là seulement qui « découle de l'analyse et de l'expérience; car alors l'er- « reur est certainement connue, et cette connaissance « tient lieu d'une démonstration parfaite 2. »
Cette étude, cet examen des systèmes ne se peut faire ;i son tour sans l'art de raisonner, c'est-à-dire sans la dialectique. « L'homme sage et prudent, dit notre saint docteur, « doit l'acquérir, non pour dire ou faire ce qui se fait ou « se dit parmi le vulgaire, — ainsi que le pratiquent les « dialecticiens de ce temps , qui ne s'occupent que de « questions sophistiques, — mais afin de pouvoir dire et « faire ce qui est agréable à Dieu. C'est à être des dialec- « ticiens de ce genre que l'Écriture nous exhorte lor#- « qu'elle nous dit : Smjez de bons changeurs, rejet an 1 le « mal et retenant le bien 3. »
Clément, en effet, ne croit pas que la spéculation se puisse passer de la pratique, ni la vérité se séparer de la vertu : la pureté de la vie et la droiture du cœur ne lui semblent pas moins nécessaires à F éclectique que l'érudition et la dialectique, n VussL dit-il, si quelqu'un avoue
1 Stfom, I, 9, p. 342.— lb,rl. I, 6, p. 336. -1 Tbid. 1, 2, p. 327.
ri )id. 7, 2R. p. 425.