CHAPITRE I
Nature et caractère de l'enseignement de Jésus-Christ, de la prédication des apôtres et de leurs premiers successeurs. — Les premiers apologistes.
Durant le premier siècle de son existence, le christianisme demeura presque complètement étranger à la philosophie comme à la littérature profanes. Les chrétiens ne s'occupèrent des sciences grecques, ni pour les cultiver, ni pour les combattre, et cette indifférence s'explique facilement par la nature même de la religion et par les circonstances au milieu desquelles elle s'établit dans le monde.
Jésus-Christ s'est annoncé à la terre comme un Messie divin, comme l'envoyé de Dieu, comme Dieu lui-même. « Je suis d'en haut, dit-il aux Juifs. En vérité, en vérité, « je vous le dis, je suis avant qu'Abraham ne fût ; je suis
« la voie, la vérité et la vie. Celui qui me voit voit aussi « mon Père : mon Père et moi nous ne sommes qu'un. Ma « doctrine n'est pas ma doctrine, mais celle de mon Père « qui m'a envoyé *i »
Avec ce caractère divin qui le séparait si profondément d'un philosophe, et donnait à sa parole l'autorité d'une révélation positive, le Sauveur ne pouvait pas abandonner sa doctrine à la merci d'une démonstration scientifique, ni faire dépendre la croyance aux vérités qu'il révélait des lumières de la raison individuelle. La parole de Dieu ne se prouve pas à la façon d'une thèse philosophique, elle s'impose d'autorité à l'intelligence humaine : le droit de discussion dans le disciple suppose la possibilité d'erreur dafis le maître.
Qu'on lise l'Évangile. On y trouve des affirmations et des préceptes ; des récits et des paraboles : on n'y rencontre rien qui ressemble à une méthode scientifique proprement dite.
Dans ses conversations et dans ses discours, Jésus-Christ affirme et commande ; il discute rarement. On ne le voit pas, comme Socrate, prendre son point de départ dans une idée qu'il analyse pour arriver , par une induction savante, à une conclusion qu'il veut faire accepter. Il ne cherche pas, comme Aristote, à coordonner entre eux les divers points de sa doctrine, et à les rattacher à un principe évident. Jl ne suit aucun ordre scientifique* l ne fleur, un champ de blé, une tempête, un figuier, le >p tacle de la nature, ou celui des infirmités humaines, lui fournissent également l'occasion d'exposer à la foule qui s'ftU&che à ses pas, ou aux apôtres qu'il s'est choisi^ les plus hauts mystères, les préceptes de la morale la pins
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