‹ Clément d'AlexandrieChapitre 201 sur 226 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

tant, à l'exemple et à la suite de Philon, il trouve de ressemblance entre la doctrine spiritualiste de ce grand génie et renseignement de la Bible. Il suppose, comme l'indique ce dernier titre, que Platon a puisé la plupart des vérités que contient sa philosophie à la source sacrée des divines Écritures.

Mais son admiration pour Platon ne va pas jusqu'à lui

faire accepter sans contrôle toutes les opinions de ce prince

des philosophes. Il tourne contre le disciple de Socrate

cette maxime qu'il met dans la bouche de son maître :

« Quant à moi, je suis tellement fait que je ne crois à

« d'autre autorité qu'à celle de la raison qui, après mûr

« examen, me paraît la meilleure1. » Seulement au lieu

de s'en tenir à sa raison personnelle, comme le déclare

Socrate dans ce passage du Griton, Clément prend pour

règle de sa propre raison et de celle des philosophes la

Raison absolue et infaillible, la parole de Dieu.

Platon est donc pour Clément un témoin, il n'est point un oracle. Il le réfute fréquemment2 et il reproche à Cassien, père du docétisme, de s'être montré trop platonicien 3.

Il mettait, il est vrai, le disciple de Socrate bien audessus des autres philosophes de la Grèce ; mais cette préférence qui prévalut dans l'Église jusqu'au moyen âge trouve sa justification dans le caractère si élevé de la philosophie platonicienne, et dans l'admiration que professaient pour elle les esprits cultivés que Clément voulait conquérir au christianisme.

En dernière analyse, Clément, comme il le déclare luimême, n'était à proprement parler ni platonicien, ni péri-

1 Strom. I, 8, p. 341.

2 Ibid. III, 3, p. 515, et alibi pas sim.

* Ibid. HT, 13, p. 553 : Hyslrou $k b y&wottoç outs$ ïrtaTwvwwTâ^av, /,

patéticien, ni stoïcien ; il était disciple de Jésus-Christ et faisait hautement profession de n'avoir pas d'autre maître. Pour lui, comme pour ses prédécesseurs, saint Justin, Athénagore et saint Pantène, la vraie philosophie était la doctrine évangélique. Son éclectisme n'avait d'autre objet que de rattacher à l'enseignement révélé la philosophie profane, au moyen des vérités plus ou moins nombreuses que celle-ci devait, soit aux premières traditions, soit aux investigations de la raison humaine, et de fonder ainsi une philosophie chrétienne, une science divine et humaine tout ensemble, image vraie et complète de la double nature du Verbe incarné, ce foyer éternel et divin où s'allument les lumières de la raison et d'où jaillissent les splendeurs de la foi.

Tel est l'éclectisme défini et pratiqué par Clément.

La critique allemande le comprend autrement. Examinons ses raisons.

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