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CHAPITRE Y

La Gnose de Clément et le Néoplatonisme alexandrin.

« Clément d'Alexandrie, dit Reuter1, en recueillant dans « les écrits des philosophes et en faisant passer clans ses « propres écrits un certain nombre d'opinions qu'il ap- « prouve, ne paraît faire ce choix et approuver ces opi- « nions que parce qu'il s'y croit autorisé par la doctrine « chrétienne. Ce n'est donc pas parce que ces opinions « s'accordent avec sa manière de voir qu'il les juge vraies, « mais uniquement parce qu'il les croit conformes au sym- « bole du christianisme. Mais, parce que Clément n'a jugé « de cette conformité que suivant l'intelligence qu'il avait « lui-même de la religion chrétienne, il a pu se tromper « dans le jugement qu'il en a porté, et faire entrer dans « le symbole de la foi des dogmes qui lui étaient étrangers. « Or, continue le critique allemand, Clément d'Alexandrie « n'est pas purement et simplement un disciple de l'Évan- « gile; il est certain, au contraire, qu'après sa conversion « il a conservé quelques-unes de ses idées philosophiques. « Ces idées, déposées dans son esprit comme des semences « dans une terre fertile et bien cultivée, y poussèrent ou « plutôt y refleurirent d'autant plus vite, qu'il était en- « flammé d'un désir plus ardent de réduire la religion chré-

' Clément, Alex. TheoJog. moralis, p. 17.

« tienne en un système scientifique à l'aide des procédés

« de la philosophie païenne. Profondément attaché à la foi, « il n'eut sans doute d'autre désir que d'enseigner des « dogmes purement chrétiens et d'en démontrer la vérité; « mais il ne se peut qu'imbu comme il l'était d'opinions «( philosophiques, il n'ait, dans ce travail, gardé quelque « chose de ses premières idées, ou plutôt qu'il n'ait tem- « péré par ces idées la rigueur des dogmes du christia- « nisme. »

Keuter part de là pour établir que les idées stoïciennes ont exercé une grande influence sur la théorie gnostique de Clément, et qu'on trouve dans la morale de ce Père des opinions et des principes aussi étrangers à l'Évangile que conformes à la doctrine de Zenon.

Cette question a été suffisamment discutée et résolue dans le livre précédent : il serait donc inutile d'y revenir. Mais il s'est produit en Allemagne une autre prétention : Doehne, et après lui plusieurs critiques français l, ont vu dans la doctrine de Clément des emprunts nombreux faits au néoplatonisme alexandrin. Non-seulement, suivant Doehne, Clément aurait fait, sur plusieurs points, des emprunts au néoplatonisme comme au stoïcisme et à d'autres systèmes, mais sa gnose ne serait qu'une application du mysticisme alexandrin à la doctrine chrétienne. Les preuves sur lesquelles il se fonde sont tirées, les unes des rapports que Clément aurait eus avec le fondateur du néoplatonisme; les autres des principes communs au mysticisme de Plotin et à la gnose du docteur chrétien.

L'origine historique du néoplatonisme alexandrin est demeurée fort obscure. Plotin, qui en est le plus illustre

1 E. Saisset, E*<ni< sur la phd, </ Ut relig, — Vacherot, ilisi. crit. </<• / I d'Alex., etc.

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