LIVRE v. m
représentant et qui lui donna sa forme définitive , commença à enseigner à Rome vers l'an 244» vingt ans, au moins, après la mort de Clément d'Alexandrie. Ses ouvrages, publiés par son disciple Porphyre, sous le titre iYEnnéades, ne furent mis au jour que vers l'année 275 ou 280. Ce n'est donc pas à Plotin que Clément put emprunter les principes du néoplatonisme.
Reste à savoir s'il put les puiser à la même source que Plotin, c'est-à-dire si Plotin eut un maître et si ce maître fut suivi par Clément.
Suivant le témoignage de Porphyre, qui a écrit sa vie, Plotin avait vingt-huit ans lorsqu'il se mit à fréquenter les cours publics à Alexandrie. Tel était son amour de la science qu'il fut pris d'une sorte de désespoir en voyant combien les princes de la philosophie alexandrine étaient loin de répondre à son attente. Un de ses amis lui indiqua Ammonius Saccas, encore ignoré; à peine Plotin l'eût-il entendu qu'il s'écria : Voilà ce que je cherchais l ! Il suivit onze années les leçons de ce maître ; après quoi, désireux de connaître les traditions orientales, il s'enrôla en 243 dans l'armée que Gordien conduisit contre les Perses. L'expédition ayant échoué, il gagna Antioche et puis Rome, où il s'établit et où il professa la philosophie jusqu'à sa mort qui arriva vers l'an 270.
D'après ce récit de Porphyre, Ammonius Saccas. maître de Plotin, aurait fleuri à peu près en môme temps que Clément d'Alexandrie. Notre saint docteur aurait clone pu en connaître l'enseignement.
Toutefois, nous remarquerons avec Laemmer qu' Ammonius Saccas florissait à Alexandrie au commencement du
1 Vie de L'iulni, ch. ni.
IIIe ou à la fin du 11e siècle,, époque où Clément avait écrit tous ceux de ses ouvrages qui sont parvenus jusqu'à nous. 11 est peu vraisemblable d'ailleurs que si Ammonius, comme le prétend Porphyre, apostasia le christianisme, Clément ait fréquenté ses leçons. Il a dû, au contraire, combattre son enseignement. Enfin Clément, qui professait l'éclectisme en philosophie, ne pouvait s'attacher à un maître tel qu' Ammonius au point d'en adopter la méthode J .
Supposons toutefois que Clément ait connu l'enseignement philosophique cl' Ammonius; quel était cet enseignement? Ici, nouvelle incertitude. «Nous ne connaissons pas, dit M. Jules Simon, la philosophie d' Ammonius Saccas 2. » Non-seulement il n'écrivit point d'ouvrages, niais il fit promettre à ses disciples, Erennius, Origène et Plotin, de n'en point composer sur la doctrine qu'il leur enseignait. Cette promesse, quelque temps observée, fut enfreinte d'abord par Erennius, puis par Origène 3 et enfin par Plotin lui-même. Ce fait, joint à ce que Porphyre ajoute ailleurs que Plotin jugeait toujours d'après lui-môme ou d'après son maître *, permettrait de supposer qu'il y avait des analogies entre la philosophie d'Ammonius et celle de Plotin. Mais, d'autre part, il est certain qu' Ammonius fut élevé dans le christianisme. 11 est vrai que Porphyre prétend, dans le troisième livre de son ouvrage contre tes chrétiens, qu' Ammonius abandonna le christianisme, dès qu'il fut en âge de penser et de philosopher par lui-même. Mais Eusèbe conteste l'affirmation de Porph) re et la traite
' Laomm er 1 Clem. Alex., D< tâyox doctrina, p. 55.
» Hist. de l'École d'Alexandrie, t. lm, p. 207.
1 Cel Origène, disciple d'Ammonius, est-il le disciple de Clémeni ou un autre Origène? Beaucoup d'auteurs l»'s ont confondus, mais il semble plus probable qu'on les doit distinguer.
l Vie de Plotin, ch. m \ .