‹ Clément d'AlexandrieChapitre 204 sur 226 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

de calomnie ] . 11 est donc permis de croire que si Àmmonius ne se borna pas à enseigner le christianisme, et si, à l'exemple de saint Pantène, dont il dut être le disciple, il enseigna aussi la philosophie, cette philosophie fut probablement l'éclectisme, comme le témoignent tous les anciens auteurs. Or, ce n'est pas l'éclectisme mais le mysticisme qui est le caractère propre de la doctrine de Plotin. Enfin , en supposant, comme le veut Porphyre , qui n'est pas toujours d'accord avec lui-même, que Plotin ait fait des emprunts à Ammonius Saccas, il n'est pas vraisemblable qu'il n'y ait beaucoup ajouté de son propre fond.

Pour toutes ces raisons, il n'est pas possible de juger de l'enseignement cl' Ammonius par la philosophie de Plotin, et par conséquent d'établir sur cette base une parenté quelconque entre la doctrine de Clément et le néoplatonisme.

La comparaison du mysticisme de Plotin avec la gnose chrétienne de Clément fournit-elle, sur ce point, clés preuves plus solides et plus certaines que l'histoire?

L'on peut comparer, et l'on a comparé en effet, la philosophie de Plotin avec la gnose de Clément sous deux rapports principaux : la méthode et la doctrine elle-même. Commençons par la méthode.

Clément d'Alexandrie, parlant du point de départ de la gnose, s'exprime en ces termes au commencement du quatrième livre de ses Stromates : « La science de la nature « ou plutôt la contemplation, suivant la règle de la vérité, « qui s'acquiert par la tradition gnostique, prend pour « point de départ la cosmogonie, et de là s'élève à la con- « templation du divin 2. »

1 Hist. eccl., liv. VI, ch. xix.

- Strom. IV, 1, p. 564 : 'H yiuv -/xtc/. tov t»j; oà^dsiaç xav&'va yvwffTWvjs tcj.f.vôôïZMi <pvGi.oïoyiu, fj.yXko-j SI ènoTTTct'a, ex. tou ~-fÀ /.O'jfJ.oyoviy.5 vfyjT/jTat ïôyow h6i\>6t y.vu.Qv.howjV. ira ib Ozo'Xoyi.y.bv »?«?<? s.

Or, dit Uoehne ', la cosmogonie est aussi le point de départ du mysticisme de Plotin. Voici, en effet, comment il procède : il affirme que par un sentiment naturel et universel, les hommes sont invinciblement portés à rapporter toutes choses à un principe qui , étant premier principe , doit être par là même la simplicité et l'unité absolues (tô h) . Ce principe, en vertu d'une puissance immense, ineffable (apixavov dvvxpiv) qu'il possède, ne peut se contenir en luimême, mais s'étend au dehors, ou, suivant l'expression de Plotin, projette autour de lui ses rayons comme un soleil divin. Gomme il renferme en lui-même tout l'être, il ne peut se confondre dans ses émanations qu'avec le non-être, qu'avec ce qui n'est pas, ou n'est qu'en puissance, c'està-dire la matière (uXvj). Cette matière de Plotin, semblable à ces ombres qu'on aperçoit à l'extrémité d'une flamme et qui en marquent le contour, pénètre et obscurcit d'autant plus l'émanation divine que celle-ci s'éloigne davantage de son principe. Or, c'est du mélange de l'Un (jb h) et de la matière (vin) , et des différentes proportions de ce mélange que naissent les diverses espèces d'êtres : d'abord l'intelligence, vovç, puis l'âme simple, ^vx/j àaioiazoz, ensuite l'âme composée, ^vy-h y.spttjrh, enfin les êtres sans raison, cO.oya., et sans vie, à'Cca. La nature et la fin particulières de ces différentes classes d'êtres ne se peuvent connaître que par leur origine. Car, plus le degré où ils se trouvent placés sur l'échelle des êtres est éloigné de l'I n. moins ils participent à la perfection du premier principe. Toutefois, même au degré le plus humble, ils retiennent quelque chose de la nature de l'Un, et ils doivent se sen ir de ce qui leur reste de commun avec lui pour s'efforcer,

1 De l'vûffM Clou. Ale,v.} \>. 7(i et 77.

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