LIVRE Y
autant qu'ils le peuvent, de s'en rapprocher de plus en plus. Ainsi, en dernière analyse, c'est à la cosmogonie que se rattache le système entier de Plotin ; et, comme Clément prend aussi pour point de départ de sa philosophie la formation du monde, Doehnë en conclut que Clément et Plotin partent du même principe.
Il faut évidemment une grande préoccupation pour trouver dans ce fait la preuve d'une parenté, même éloignée, entre la méthode de notre saint docteur et celle du prince de la philosophie néoplatonicienne. C'est à peine s'il y a ici une simple analogie verbale.
11 est très-vrai que dans le passage allégué , Clément déclare que la cosmogonie sera le point de départ de son enseignement. Mais comment l'entend-il ? Il l'explique luimême en ajoutant ces paroles remarquables qui renferment toute sa pensée : « Nous commencerons donc l'ensei- « gnement traditionnel par la Cenèse, — ou la création, — « telle que nous la trouvons exposée dans les livres pro- « phétiques, signalant en passant les opinions contraires « de nos adversaires pour les réfuter selon notre pou-
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Or, cette méthode, loin d'être particulière à Clément, fut universellement suivie par les apologistes chrétiens des premiers siècles de notre ère.
« La vérité d'un Dieu créateur, dit M. l'abbé Cruice dans sa savante étude sur YHexaemeron de saint Basile, fut, pendant les premiers siècles de notre ère, le point de départ de la philosophie chrétienne. Alors la méthode d'enseignement, qui consistait surtout à commenter la Bible ,
1 Slrom. IF, 1, p. 564 : Ô6ev cl/ôzo)^ tï,v ùpyv r^s ûy.pvJonz^i, v.r.b T-7js ItpOfrfcguOe'vs-fii —oirt-jo/j.zfix '/cvî'sjw;, sv fiipzi s.v'i là. twv kxepo^à^Wi ~y.py~idëf/.ïvo!t /v.l 6*5 sisv "i fy«v oty./j-'j'Jc/.L Ttetpàfisvoi,
devait faire placer en première ligne, et comme préface de la doctrine catholique, la solution de cette question tant débattue de l'origine des choses; car c'était sur ce terrain que le christianisme naissant rencontrait , dès son entrée dans la lutte, et combattait par les efforts réunis de la dialectique et de l'éloquence, les hérésies nombreuses sorties de son sein, et les systèmes renouvelés de la philosophie païenne !. »
De là ces nombreux commentaires sur les premiers chapitres de la Genèse, connus sous le nom ùeHeacaemeron ou œuvre des six jours. Après le juif Philon, qui semble avoir ouvert la voie à tous les ouvrages chrétiens sur ce sujet par son traité Uepl vhq Mcoo-sw; K©T/jioTrot*ç, Papias, évêque d'Hiéraple en Phrygie, saint Justin, martyr, saint Théophile, évequed'Antioche, Candide, Apion,Rhodon, disciple de Tatien et Maxime, publièrent sur les œuvres de la création des expositions et des commentaires dont malheureusement il ne nous reste plus que quelques fragments 2. »
L'école chrétienne d'Alexandrie, qui avait principalement pour mission d'expliquer la Bible aux néophytes, aux païens et aux sectaires, ne pouvait manquer de suivre la même méthode, et d'opposer aux nombreuses erreurs sur l'origine des choses qui avaient cours en dehors du christianisme, le récit de Moïse et le principe fondamental de la création. Aussi, d'après une opinion fondé»1 sur un passa d'Anastase, moine du mont Sina3, le saint docteur Pantène, maître de Clément, aurait-il le premier, dans l'école d'Alexandrie, composé un Hexaemeron* Le même inastase Sinaïte affirme aussi que Clément aurait, à l'exemple de
1 Essai critique sur V H examêr on de ta/ini Basilt . p. !'. * Ibxl., p. 13-18.
' Contemp. m Hexam. . VII.