LIVRE V
son maître, écrit un traité sur la création du monde \ et cette affirmation paraît d'autant plus croyable que le disciple de saint Pantène prend, à plusieurs reprises, dans ses Slromates, l'engagement d'accomplir ce travail 2.
Mais s'il ne put tenir sa promesse, nous connaissons par les ouvrages qui nous restent de ce grand docteur, quelques-uns des principes qui sans doute entraient dans le premier plan d' 'un H exaemeron. L'unité de cause, la création du monde formé d'après l'archétype éternel ; la beauté et la richesse de la nature exprimées par le nombre six, la nature de l'homme dont l'âme est l'image de Dieu sans en être une émanation; un autre monde invisible, spirituel, existant de toute éternité au sein de la lumière divine : telles sont les principales idées de Clément, peut-être de saint Pantène, mises en considération auprès des païens par des citations de leurs poètes et de leurs philosophes, méthode toute populaire alors, et dans Alexandrie plus que partout ailleurs 3.
Cette solution de l'origine des choses d'après la Genèse était précisément, comme nous l'avons remarqué, la réfutation des erreurs contraires à l'enseignement catholique et professées avec éclat, soit par les hérétiques, soit par les philosophes païens. Toutes ces écoles de sectaires et de philosophes, alors florissantes à Alexandrie, s'accordaient à rejeter le principe de la création proprement dite. Les Gnostiques alexandrins, Basilide, Carpocrate, Val en tin et leurs nombreux disciples avaient emprunté aux croyances religieuses des Égyptiens et professaient le système des émanations divines. Dans ce système, le monde formé de la
1 Conlemp. in Heccam. VII.
« Strom. IV, 1, p. 564 -Ibid. VI, 18, p. 827.
3 Cf. M. l'abbé Cruice, Op. L, p. 21.— Strom. V, 14, p. 699-734.
i-2$ CLÉMENT D'ALEXANDRIE.
matière éternelle et informe devait son ordre e1 .sa beauté à une divinité secondaire ou démiurge, laquelle, suivant quelques-uns de ces sectaires, n'était autre que le Dieu de Moïse. Dans la théorie de Marcion et de Cerdun, autres Gnostiqucs combattus par Clément, le Dieu des Juifs, le Créateur de ce bas monde, était une divinité intermédiaire, mêlée de bien et de mal, émanée de deux principes contraires et éternels. — En dehors de ces prétendus chrétiens, Clément rencontrait d'autres adversaires dans les docteurs de la philosophie païenne : les stoïciens qui enseignaient que toutes choses descendaient de deux principes éternels, l'un la matière, l'autre Dieu , auteur du mouvement et de la force ; les néoplatoniciens qui, modifiant la doctrine de Platon par celle d'Aristote et par les traditions orientales, enseignaient au fond l'émanatisme et voulaient que le monde, bien que produit dans le temps, fut réellement éternel.
Il n'est pas étonnant qu'en présence de ces erreurs qui sapaient par la base la doctrine du christianisme, Clément ait senti la nécessité de placer, comme point de départ de son enseignement, la solution de cette question si controversée et si importante de l'origine des choses. En adoptant cette méthode, il ne faisait que répondre aux exigent de la polémique contemporaine, et suivre l'exemple d'apologistes chrétiens et de son propre maître saint Pantène. 11 n'est donc pas nécessaire de recourir à l'hypothèse d'un emprunt fait par lui au néoplatonisme : hypothèse d'autant plus inadmissible que pour Clément le principe (K's choses est la création, tandis que pour Plot in ce principe est l'émanation. Le seul trait de ressemblance qu'il \ ait ici entre le catéchiste et le philosophe, c'esl que l'un et l'autre admettent en principe que pour s'expliquer ce monde el